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Accueil Méditations A l'école des psaumes

Le juste se réjouira, car il aura vu la vengeance, il se lavera les pieds dans le sang des méchants. Psaume 58.v.11

Indignations

La Bible contient toute une série de textes comme celui-là, notamment parmi les Psaumes, que personne n'ose plus lire en public tant ils respirent la haine et la vengeance.

D'une part, même si nous nous savons justifiés par la foi, nous nous identifions difficilement à ce juste qui condamne les méchants sans appel. D'autre part, l'intolérance du discours nous choque. Qui voudrait aujourd'hui laver ses pieds dans le sang des méchants ? Y a-t-il aujourd'hui de vrais méchants ? N'ont-ils pas tous des excuses ? Du moins après un siècle de sciences humaines sommes-nous plus prudents et prêts à reconnaître que le contexte historique, social, familial, la structure psychique de l'individu permettent de comprendre nombre de comportements. Cette complexité des causes de la méchanceté nous a fait perdre un sentiment qui portait le psalmiste dans ce Psaume 58 que je vous invite à lire en entier : l'indignation.

En vérité, est-ce en vous taisant que vous rendez la justice ? Est-ce ainsi que vous jugez avec droiture, humains ? Déjà dans le cœur vous agissez injustement ; dans le pays, c'est la violence de vos mains que vous placez dans la balance." (PS. 58 v.2-3)

L'auteur s'en prend à ceux qui jugent injustement et qui pratiquent la violence. Le couple injustice - violence n'est-il pas toujours d'actualité et n'aurions-nous pas l'occasion de nous indigner nous aussi ? Contre ceux qui pratiquent la torture et emprisonnent pour délit d'opinion, contre les fabricants d'armes, contre ceux qui enrôlent des enfants comme soldats, contre ceux qui exploitent des enfants, par le travail ou la prostitution, contre les pédophiles qui détruisent leur psychisme, contre les pollueurs qui mettent en danger notre planète, etc… etc…Chacun peut se faire sa liste de méchants selon les facettes de l'injustice et de la violence qui le touchent plus particulièrement.

Chaque jour nous sommes bombardés d'informations sur la méchanceté du monde dans lequel nous vivons, informations qui devraient nous faire bondir, mais ce n'est pas le cas ; nous sommes habitués, lassés, indifférents . Parfois nous pleurons, comme lorsque le Word Trade Center s'effondre sur ses occupants et sur les sauveteurs, puis nous oublions, emportés dans le flot des nouvelles.

Inerties

Nous pouvons aussi être paralysés par une vague mauvaise conscience, sachant bien que tous ces malheurs qui frappent l'humanité supposent notre complicité ; l'exemple le plus évident, c'est l'écologie : nous sommes tous partie liée avec les problèmes actuels et nous y pensons fugacement en tournant la clé dans le démarreur.

Nous pouvons aussi nous laisser bercer par l'illusion que d'autres s'en occuperont, manifesteront, se lèveront. Après tout, notre engagement chrétien dans l'Eglise ou dans des œuvres chrétiennes nous mobilise suffisamment. Les autres peuvent bien s'occuper d'arrêter les méchants.

Nous avons peur de mettre le doigt dans un engrenage, d'être dépassés par la complexité des problèmes, d'être manipulés par des organisations plus ou moins occultes qui récupèreraient à leur profit notre élan de militantisme ; et finalement nous nous coulons dans la majorité silencieuse, tout heureux d'appartenir à une démocratie où le vote permet de s'exprimer (ce qui n'est certainement pas à mépriser, loin de moi cette pensée, mais est-ce suffisant ?)

Le Psalmiste lui, n'a pas peur de hurler : O Dieu, brise-leur les dents dans la bouche !

L'Esprit Saint puisse-t-il nous conduire dans l'indignation, pas contre les méchants – Jésus est mort pour eux – mais contre le mal ; puisse-t-il nous empêcher de nous habituer, d'accepter, de nous endormir…

"Et les humains diront : [..] oui, il y a un Dieu qui exerce le jugement sur la terre".

Myriam Berthelot
Membre de l'EEL Paris