Le fou sous le sable... Luc 12, 15 à 21
En cette période de vacances, voici quelques considérations sur le travail, ce travail auquel nous consacrons tant de nos forces, et que nous "survalorisons" au point de considérer que la valeur d'un homme et de sa vie, c'est ce qu'il fait, ce qu'il produit.
Jésus nous interpelle : “Attention! Ne cherchez pas à avoir toujours plus de choses! En effet, la vie de quelqu'un ne dépend pas de ce qu'il possède, même s'il est très riche.” (Parole de Vie). Allez dire cela aux hommes d’aujourd’hui… et même aux chrétiens.
Et puis il y a aussi ce brave paysan de la parabole à qui Dieu dit carrément “Tu es fou!” (v. 20).
Mais qu’a-t-il fait de si insensé? Il a beaucoup travaillé et a eu une magnifique récolte. En un mot, il a été béni ! Qui à sa place n’aurait pas sauté de joie en criant : chic alors! ... ou bien Alléluia!? Et Jésus de nous mettre en garde : même abondamment bénie matériellement, “la vie de quelqu'un ne dépend pas de ce qu'il possède”.
Pourtant, avec une telle récolte, n’est-ce pas la sagesse-même que de vouloir agrandir son grenier ou construire un nouveau hangar ? La folie, ne serait-elle pas plutôt de laisser pourrir ou sécher sur pieds la moisson ? Si notre homme est fou, alors, il n’est pas le seul! Mais pourquoi Dieu lui dit-Il : “Tu es fou!” ?
Pas de relation à Dieu.
Voici sa logique : “Que ferai-JE ? Car JE n'ai pas de place pour amasser MES récoltes. Voici, dit-il, ce que JE ferai : J'abattrai mes greniers, J'en bâtirai de plus grands, J'y amasserai tout MON blé et MES biens.”
Il est tout seul, il décide de tout, il est le centre de tout. Dans sa vie, ses projets, son travail, ses décisions, c'est toujours le je et le moi qui prévalent ! Dans le cœur de cet homme, il n'y a pas de référence à Dieu ; aucune relation entre lui et Celui par qui il existe! Et sans le moindre merci. Il a tout reçu, il a été abondamment béni, mais il ignore tout du divin donateur. Sa folie, c’est de gérer sa vie sans aucune référence au Seigneur! Et Dieu lui dit “Tu es fou!”
Et nous, quelle est notre référence à Dieu ? Qu’est-ce qui gouverne nos choix ?
Pas de relation au prochain.
Y a-t-il une seule préoccupation pour les autres dans le travail et les raisonnements de cet homme? Non, rien! Rien d'autre que LUI, ce que cela LUI rapporte, ce que cela implique pour SON avenir ; dans cette histoire, son moi est au centre. Et Dieu lui dit “Tu es fou!”
Et chez nous, dans quelle mesure notre travail est-il en référence avec notre prochain? Mon travail vise-t-il l'amour et le service des autres ? Ou plutôt ma progression, ma carrière, mes avantages, mon patrimoine, mes biens, mon standing ?
Pas de relation avec sa propre âme.
Finalement, c'est lui-même qui est le plus à plaindre. Quoique riche, il est très pauvre. Certes, nous le voyons parler de son âme et dire : “Je dirai à mon âme : mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années; mange, bois et réjouis-toi” (Segond). A l'entendre parler, on aurait presque l'impression qu'il est philosophe ou religieux. Il n'en est rien : lorsqu'il dit “mon âme”, il pense : “mon ventre”… Malentendu complet : il a cru que sa vie, c’était son corps. Et il a vécu pour son corps en négligeant l’essentiel. Et Dieu lui dit “Insensé! Cette nuit même ton âme te sera redemandée; et ce que tu as préparé, pour qui cela sera-t-il?”
Et Jésus d’ajouter à notre intention : “Ainsi en est-il de celui qui amasse des trésors pour lui-même et qui n'est pas riche pour Dieu.”
Et nous, quels sont nos choix de vie ? Et si cette nuit notre âme nous était redemandée?