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Une tentation de Jésus

J’ai été frappée par la légende du retour du Christ de Dostoïevski. Elle raconte comment Jésus apparaît à la foule espagnole, en pleine période de l’inquisition. Le peuple l’accueille, se laisse aimer par lui et est témoin d’une résurrection. Mais l’évêque, qui se trouve être le grand inquisiteur, le fait arrêter et s’apprête à le faire brûler. Toutefois, avant cela il va le voir dans sa cellule et lui reproche d’être venu les déranger !!! Cette histoire montre de façon claire comment l’Église a parfois perverti le message de l’Évangile ; et cela à tel point que la présence-même de Jésus devient insupportable pour certains. Dans le texte de Dostoïevski, l’inquisiteur reprend Jésus sur les tentations, et lui reproche d’y avoir résisté. Pourquoi, pourrait-on se dire ? Tout simplement parce que ces tentations sont certainement au cœur-même de celles des hommes. Si nous n’y résistons pas, elles vont nous amener à pervertir le message.
 
Une position de supériorité
Dans la deuxième tentation Satan veut pousser Jésus à prouver qu’il est le Fils de Dieu. Le lieu de l’épreuve est le temple lui-même. On peut dire que Satan a placé Jésus en position de supériorité par rapport à son Père, en l’amenant en haut du temple, demeure de Dieu. Cette tentation est celle de tout homme qui s’affirme par lui-même, qui se veut indépendant de Dieu, qui refuse sa situation de créature et prétend trouver tout seul le sens de la vie et de son histoire sans le Dieu de Jésus-Christ. La religion en est sans doute la forme la plus tentante. Elle paraît être obéissance à Dieu, alors qu’elle est invention de l’homme et moyen de satisfaire ses besoins religieux.
Il faut bien se rendre compte que Satan se sert de la vérité-même de Dieu pour tenter l’homme. Il tend à Jésus le piège d’un texte biblique - d’une prophétie que Jésus en effet avait aussi à accomplir. Ainsi l’obéissance au pied de la lettre à la Bible peut être une obéissance à Satan. Il peut être le moyen de nous affirmer en face de Dieu, comme celui qui détient la vérité-même et la volonté-même de Dieu. Le texte biblique, et même l’obéissance à ce texte ne sont pas une garantie de fidélité.
 
Un moyen de ne pas entendre Dieu
Cela ne vous est-il jamais arrivé de vous dire que si vous étiez Dieu vous n’agiriez pas de cette façon ? Ou, de façon plus directe, que Dieu ne devrait pas faire ceci ou devrait faire cela ? Moi je sens dans mon cœur le désir de dire à Jésus : « Vas-y saute ! Que tout le monde te voie et soit convaincu ! » Aujourd’hui vous avez peut-être pensé : « Pourquoi n’y a-t-il pas plus de miracles ? Pourquoi la souffrance ? Vas-y saute ! Prouve que tu es le Fils de Dieu ! »
Jésus n’a pas sauté : cela serait revenu à penser que lui savait mieux que Dieu comment s’y prendre pour prouver son identité. Lorsque nous rêvons d’un christianisme triomphaliste et conquérant nous sommes dans cette tentation.
 
Accepter la faiblesse
Certes Jésus est victorieux. La résurrection est sa victoire sur le mal, sur le péché. L’Évangile est une bonne nouvelle : Dieu agit dans le monde et il fait des miracles encore aujourd’hui. Mais Jésus n’a pas sauté du temple. Il n’a pas cherché à prouver à tous qui il était. Il a même parfois refusé de faire un miracle quand il lui était demandé comme une justification de son identité. Il a cherché à faire naître la foi. Il est passé par la croix.
Il est venu discrètement sur la terre et a parlé à un petit groupe de personnes. Son Église a été persécutée… Acceptons que Dieu ait choisi d’agir ainsi même si cela ne satisfait pas nos ambitions.
 
Corinne Siegrist,
Diplômée en théologie