Quand tu jeûnes…(Matthieu 6. 17)
Ce texte se trouve dans le passage du Sermon sur la montagne où Jésus passe en revue certaines pratiques de notre vie spirituelle : l’action bienfaisante et la prière qui par ailleurs sont expressément prescrites, puis le jeûne que le Seigneur a pratiqué, ainsi que les premiers chrétiens. Mais ici, comme dans tout le Nouveau Testament, il n’est pas l’objet d’un ordre formel. Notre maître ne nous en détourne pas, mais il nous met en garde contre une piété ostentatoire et hypocrite.
Dans l’histoire
Dans l’Ancien Testament le jeûne était lié à l’humiliation ou à la peine. On prenait « le sac et la cendre » pour montrer qu’on n’était rien devant le Seigneur et qu’on attendait tout de lui mais aussi pour exprimer sa douleur lorsqu’un deuil ou un malheur survenait. On jeûnait dans les grandes occasions et spécialement le jour du Grand Pardon. Le jeûne était donc souvent associé aux moments de prière. Au cours des années, on avait ajouté de nombreuses occasions de jeûner. Pendant son ministère, Jésus fustige l’attitude de ceux qui, comme le pharisien de la parabole, se vantent de jeûner deux fois la semaine. Faire de longues prières et des jeûnes fréquents pour « être vus des hommes » est à proscrire. Très vite après le temps des apôtres, on a commencé à unir au jeûne la mortification et à en faire une œuvre méritoire. Plus tard, on a même cru qu’il pouvait ajouter de la puissance à la prière.
Dans la pratique
Ces intentions-là sont à rejeter. De même aussi l’attitude de celui qui accomplit un rite sans être conséquent dans sa conduite. Déjà les prophètes critiquaient ceux qui jeûnaient tout en se conduisant de façon odieuse et sans crainte de Dieu. Dans le célèbre passage d’Ésaïe 58 est décrit le jeûne qui plaît au Seigneur : rompre le cycle de la méchanceté, de l’aliénation, de l’oppression et de la servitude. Pratiquer le bien, comme « partager son pain avec celui qui a faim, loger les pauvres qui n’ont pas de toit, donner des habits à ceux qui n’en ont pas, ne pas se détourner de son semblable » (Es. 58:7).
Quand tu jeûnes alors, quand tu te prives volontairement de nourriture, que fais-tu ? Tu montres qu’on ne vit pas de pain seulement. Tu peux consacrer le temps de ton jeûne à autre chose, à l’action bienfaisante, par exemple, ou à la prière. Quand tu jeûnes, tu fais un pas vers la sobriété que l’Écriture commande. Tu te solidarises avec tous ceux qui, par le monde, n’ont qu’un repas par jour, et encore… Avec ceux qui vont mourir de faim. Concrètement, je te suggérerais de sauter régulièrement un repas et d’en consacrer le prix pour la lutte contre la faim dans le monde. Surtout n’en parle pas, sauf à ton père céleste. Fais comme si tu allais recevoir tes amis. Mets ton beau costume, mon frère, maquille-toi, ma sœur, et parfumez-vous !
Dans le regard des autres
Je me suis demandé parfois, surtout en terre missionnaire, si je ne devais pas, par solidarité, m’associer à ceux qui, dans mon entourage, jeûnent de longues semaines pour Dieu. J’ai considéré les raisons qu’on leur donne pour le faire. Finalement j’en suis arrivé à la conclusion qu’ils pourraient mal interpréter mon geste. Car il est clair, selon l’Écriture, que ni l’aumône, ni la prière, ni le jeûne, n’apportent quoi que ce soit pour le salut. C’est par la grâce seule de Dieu que nous sommes sauvés. Il nous a tant aimés qu’il a donné son Fils pour notre vie éternelle. Proclamons-le, car il faut que tout le monde le sache.
André Grandjean,
pasteur retraité des EEL
André Grandjean,
pasteur retraité des EEL