Hymne à la joie… de Pâques
C’est une belle tâche, mais que je trouve de plus en plus difficile, d’émouvoir les cœurs à la joie de Dieu, à l’allégresse de ce grand jour de Pâques. Cette joie trouve si peu d’échos dans nos cœurs raisonnables. Nous sommes devenus méfiants envers la joie, et peut-être même rebelles, hostiles. Certains estiment que, depuis quelques années, en devenant plus intelligents, plus instruits, nous sommes devenus plus raisonnables, plus réalistes, plus pondérés. Nous avons plus de propension à parler de la guerre, des risques des extrémismes religieux ou politiques, de l’aggravation de la crise, de la mauvaise façon dont nous sommes gouvernés que de tendre l’oreille à l’appel à la joie. Si quelqu’un dans ce concert pessimiste se risque à évoquer la joie de Dieu, il est sûr de faire naître des sourires… gentils.
Espérer contre toute espéranceNous avons enfin compris que notre religion est grave, que la vie n’est pas une rigolade, et nous faisons de notre tristesse une vertu. Or, toutes les zones de notre cœur que nous refusons à la joie, nous les fermons aussi à l’espérance, et autant dire que nous les fermons à Dieu. Nous tenons à ne pas perdre le bénéfice de cette expérience nouvelle : ne plus croire à la joie, ne plus espérer. Nous avons trop souffert sans doute d’avoir trop espéré, et nous ne voulons plus nous exposer à cette utopie.
Les raisons ne manquent pas dans le monde, autour de nous et dans l’Église, pour nous conforter dans ce sentiment et cette attitude graves, que nous qualifions volontiers de sérieux. Mais c’est précisément parce qu’il y a de bonnes raisons d’être pessimistes que la joie advient comme une Bonne Nouvelle. Être heureux dans les périodes fastes, en bonne santé, entouré d’amour et d’amitié, n’est pas difficile. Mais dans les temps d’épreuve, ouvrir son cœur à l’annonce de la joie de Pâques est un signe. Reste à découvrir quelle est la raison de cette joie.
La seule raison
Il n’y en a qu’une qui résiste à toutes les mises en garde contre la joie facile : c’est l’annonce de la présence de Jésus avec nous. « Le monde se réjouira et vous serez dans la tristesse », dit Jésus (Jean 16.20). Nous, nous en restons là. Mais il ajoute : « Mais je vous reverrai et votre cœur se réjouira » (Jean 16.22). « Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez… » (Jean 14.28), dit-il encore. Quel émouvant reproche !
Il n’est qu’une chose à chercher, à désirer, c’est la présence de Jésus. Cette sorte de mysticisme fait peur à quelques-uns qui ont souffert de la période où l’on fermait les yeux sur le monde pour ne se réjouir qu’entre chrétiens, bien douillettement, à chanter des cantiques où le ciel bleu rimait avec la joie. Nos yeux se sont ouverts, nous sommes plus présents au monde, et c’est justement pourquoi nous devons y être les signes d’une joie impossible. N’aimons pas Dieu d’un amour découragé, accablé. La croix et la résurrection nous rendent présent un Dieu de tendresse, font craquer nos cœurs étriqués, fondre nos déceptions. Pâques, c’est retrouver la présence de Jésus, être devant lui, se réjouir, rire de joie à la pensée que notre joie le réjouit.
Par Daniel Poujol,
pasteur des EEL retraité