Témoigner de la bonté ! (2 Samuel 10)
Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’intention pure d’un geste de bienveillance n’est pas reconnue et que nos démarches les mieux intentionnées rencontrent de l’incompréhension. On dit que la bonté est comme le soleil qui fait fondre la glace, mais aussi durcir l’argile. Nakhach avait autrefois protégé David. Maintenant le roi d’Israël sent son règne s’affermir. Il sait que la politique tire de grands avantages de bonnes relations humaines. De plus, il a une dette de reconnaissance qu’il n’a encore jamais payée à son ancien protecteur. Or il apprend sa mort et le couronnement de son fils Hanoun. C’est donc l’occasion de rendre au fils ce que le père lui avait donné. « Je veux témoigner de la bonté à Hanoun, comme son père l’a fait à mon égard. »Le mal pour le bien
Il envoie donc une ambassade pour présenter au nouveau souverain ses condoléances. Mais celui-ci traite les émissaires de David odieusement et les humilie. Puis il déclenche une guerre dont l’issue lui sera fatale. De même, il arrive que notre bonne volonté ne soit pas reconnue et que nos actes de bienveillance subissent des échecs évidents.
Hanoun, semble-t-il, avait une méconnaissance totale de David. La crainte l’aurait-il gagné ? Ou la jalousie ? Il s’est sûrement laissé envahir par la méfiance et la suspicion. Il a soupçonné une ruse déguisée là où il n’y avait que bonne intention. Il est assez fréquent que l’on juge autrui selon ses propres sentiments. Aujourd’hui encore, à l’origine de conflits relationnels, on retrouve ce genre de situation. On a vite fait de juger quelqu’un sans l’avoir approché réellement.
Il y a, dans cet épisode de la vie de David, un enchaînement de dispositions surprenantes : Nakhach a fait du bien à David sans contrepartie, semble-t-il. David désire rendre le bien pour le bien. Hanoun, le fils de Nakhach veut, au contraire, rendre le mal pour le bien. Et voilà David engagé dans une guerre meurtrière. Pas de négociations, plus de conciliation. Il faut rendre le mal pour le mal. Bien plus tard, le plus illustre descendant de David, Jésus, enseignera que seul l’amour brise la spirale du mal et qu’il faut toujours rendre le bien pour le mal.
Bienveillance et grâce !
Je suis persuadé que le Seigneur peut transformer nos relations humaines. Même et d’abord entre nous, chrétiens. Il nous a envoyé son fils pour que nous changions de comportement. Il nous a donné son Esprit. Il nous dit : « Ne vous lassez pas de faire le bien » (2 Thes 3.13). Il faut que nous ressemblions à notre Père céleste. Lui est bon pour tous.
Trois brèves remarques encore. D’abord, dans cette histoire, on a connu le bon geste de ce roi païen seulement après sa mort, grâce à David révélant : « Nakhach a été bon pour moi » (v. 2). À supposer que nous n’ayons pas ces mots, jamais peut-être personne ne l’aurait su. Il nous faut donc témoigner de la bonté toujours et partout sans compter recevoir en retour reconnaissance ou récompense ici-bas.
Deuxième remarque : David ne s’est pas limité à faire du bien à quelqu’un de sa propre nation. Il a su dépasser les frontières. Que, nous aussi, nous sachions élargir notre amour à celui qui est différent, même au moins aimable ou à celui qui nous veut du mal.
Retenons enfin que les bonnes relations que l’on a pu établir avec les parents ne garantissent pas automatiquement de bonnes relations avec leurs enfants. Pourtant, que notre volonté reste intacte de mettre toujours, dans nos relations sociales et familiales, bienveillance et grâce !
Par André Grandjean,
pasteur des EEL retraité