Une autre logique - 1 Pierre 4.1
Il arrive parfois, en lisant la Bible, qu'un verset, ou une phrase, attire particulièrement votre attention, alors même que vous l'aviez déjà lu auparavant. C'est ce qui m'est arrivé en relisant ce texte : “ celui qui a souffert dans la chair en a fini avec le péché ! ” (1 Pi 4.1). Comment comprendre cette affirmation ? Quel lien existe-t-il entre la souffrance et le péché ? Lorsqu'on souffre, on se demande pourquoi.... Et on entend parfois cette question : “ Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter cela ? ”, sous-entendant : “ Quelle faute, quel péché, ai-je donc commis ? ” Y a-t-il une relation de cause à effet entre le péché et la souffrance ?
Il faut d’abord souligner que “ celui qui a souffert dans la chair ”, dans ce texte, c'est d'abord le Christ. Et c'est dans sa souffrance que nous trouvons notre salut. C'est peut-être ainsi qu'il faut d'abord comprendre ce verset. C'est par l'union à Jésus-Christ dans la foi, et dont le baptême est un signe visible, que le croyant trouve la libération du péché. Il en a fini avec le péché, parce que Jésus-Christ a souffert pour ses péchés.
Ceci dit, si Jésus-Christ a dû souffrir pour nous délivrer du péché, c'est bien qu'il existe un lien entre la souffrance et le péché. Il ne peut s'agir d’une relation directe de cause à effet. En effet, un livre biblique tout entier nous met en garde contre cette logique : le livre de Job. Tout au long de leurs discours, les amis de Job n'ont cessé de dire : “ Si tu souffres, c'est que tu t'es rendu coupable d'un péché. Si tu te repens, tu seras délivré de ta souffrance. ” Or, Job n'avait rien à se reprocher. Et le Seigneur fera bien comprendre aux amis de Job combien ils se sont trompés. Ce que le livre de Job souligne, c'est qu'il y a un mystère de la souffrance. Jamais Job ne saura pourquoi il a souffert. Dans le prologue du livre, on met bien en scène Dieu et Satan pour présenter l'origine de ses souffrances. Mais c'est nous, les lecteurs, qui avons accès à ce prologue. Job, lui, n'en a jamais connaissance.
D'une manière générale, ce n'est pas à nous d'expliquer ce mystère impénétrable de la souffrance. Gardons-nous des explications simplistes, pour nous et surtout pour les autres !
Certes, la souffrance est une réalité universelle, qui trouve son origine, sa cause première, dans le mal qui est dans le monde. Le péché, sous toutes ses formes, l'égoïsme, la convoitise, la jalousie, etc. finira toujours par faire du mal, donc par provoquer la souffrance. Tant que le mal existera dans le monde, il y aura la souffrance. Et cette souffrance ne touchera pas seulement ceux qui font le mal, mais tout le monde. Cela signifie que certains souffrent injustement, c'est même souvent le cas. Et c'est à cause de ces souffrances injustes qu'il faut se garder de la logique des amis de Job. C'est dans ces souffrances injustes (pour les destinataires de l'épître de Pierre, il s'agissait des souffrances liées à la persécution à cause de leur foi) que la foi du croyant est appelée à se manifester. C'est pour lui l'occasion de montrer qu'il en a “ fini avec le péché ”. Il ne s'agit pas de donner à la souffrance en tant que telle une valeur expiatoire. Il s'agit plutôt de s'interroger, lorsque la souffrance survient, comment nous la supportons, comment notre attitude témoigne d'une vraie rupture avec le péché, d’une vie nouvelle.
Ne cherchons donc pas à expliquer la souffrance, la nôtre ou celle des autres. Apprenons plutôt à suivre celui qui nous a précédés sur le chemin de la souffrance : “ En effet, Christ est mort une seule fois pour les péchés, lui juste pour des injustes, afin de vous amener à Dieu ” (1 Pi 3.18).