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Qui sont les bien-portants ? (Jean 5.1-7)

Souvent, quand Jésus guérissait un malade, il disait en même temps : « Ta foi t’a sauvé », ou même « Tes péchés sont pardonnés ». Mais cette rencontre de Jésus nous rappelle que guérison et salut ne s’assemblent pas toujours aussi harmonieusement !
Jérusalem ne devait certainement pas être fière de ce lieu, Béthesda. Là s’accumulaient les souffrances incurables du peuple de Dieu avec, comme seul espoir, des eaux prétendues miraculeuses ! N’avons-nous pas nous aussi aujourd’hui dans notre société de consommation et jusque dans nos Églises nos fontaines prétendues miraculeuses attirant des foules de désespérées ? A Béthesda, un malade symbolise ce désespoir, et Jésus, le voyant, vient lui offrir ce qu’il attendait depuis si longtemps. Mais, curieusement, il commence par lui poser cette question : « Veux-tu être guéri ? » Après tant d’années, ce malade aurait-il fini par désespérer ? Ou alors cette question du désir de guérir ferait-elle partie de sa maladie ? La réponse qu’il donne à Jésus est aussi curieuse : il ne répond pas « Oui je le veux » ; il répond « Je n’ai personne… ». Malgré cette réponse bien timide, Jésus le guérit : « Lève-toi, prends ton lit, et marche ! »

Doute
Voilà ce malade guéri, sauvé ! ? Un doute va s’insinuer quand il va désigner Jésus pour s’éviter des ennuis. Et quand Jésus le retrouve dans la cour du Temple, il l’avertit : « Te voilà guéri, mais veille à ne plus pécher, pour qu’il ne t’arrive rien de pire ! » Et pour toute réponse, il désigne encore plus précisément Jésus pour ne pas avoir d’ennuis.
Quel bénéfice ce miraculé va-t-il bien pouvoir tirer de sa guérison ? Gardons-nous de conclusions hâtives sur la suite du destin de ce malade, mais retenons la façon dont Jésus l’a interpellé, et celle dont Jean nous interpelle. Ils nous posent ces questions difficiles : d’une part du désir de guérir, et d’autre part de l’utilité de la guérison. Ces questions ne vont pas de soi. Parfois des maladies ou problèmes divers peuvent nous servir à exprimer une révolte, un refus profond de vivre. Alors que notre véritable problème est ailleurs, au fond de notre être : celui du sens de notre vie, de notre désir de vivre. Et lorsque c’est le cas, les guérisons et délivrances ne seront pas d’une grande utilité, on aura beau arranger tous ses problèmes de santé, financiers, sociaux, ou relationnels, rien n’y fera, ce mal-être, lui, ne disparaîtra pas !

L’essentiel
Ce mal-être plus profond, la Bible le dit spirituel. C’est la question de notre rapport à Dieu, à notre Créateur, à celui qui nous a fait vivre, qui nous a mis sur cette terre dans cette famille, à cette époque, dans ce pays, dans cette situation aujourd’hui !
Voilà la véritable question, celle du rapport à Dieu, qui est plus importante encore que nos guérisons et délivrances. Il y a pire, dit Jésus au miraculé, que de rester seul malade pendant 38 ans au bord d’un espoir qui chaque jour nous échappe ! Ce pire, c’est la mort spirituelle, cette déchirure d’avec celui-là même qui me fait vivre. C’est ce pire que Jésus est venu affronter.
Avec ce doute terrible d’un miraculé qui semble trahir son bienfaiteur, tel un chien mordant la main de celui qui lui donne à manger, nous sommes avertis de l’ampleur de l’œuvre à accomplir, de l’ampleur des dégâts causés par le péché, mais du coup aussi de l’ampleur de la grâce et de l’amour de Jésus pour nous délivrer non seulement de nos problèmes terrestres, mais de la déchirure provoquée dans notre être par le péché, cette déchirure dont nos maladies ne sont que des symptômes.

Par Thierry Nicole,
pasteur de l’EEL du Riou (Le Mazet-Saint-Voy, Haute-Loire)