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Un sermon sur la montagne à faire entendre dans nos campagnes

Sous la grâce, la Loi est-elle encore utile ? Une invitation à changer de regard et d’attitude.

Des lois s’étaient mises en place progressivement en Israël : Jésus-Christ est intervenu et s’est immiscé dans le quotidien de ses coreligionnaires afin, par quelques exemples, de redonner à la Loi son véritable rôle au service de la grâce, jusqu’alors peu accessible à tous. L’apôtre Paul reprendra ce thème à sa manière en accusant ses compatriotes juifs d’avoir la Loi pour eux mais de s’en arranger un peu facilement (Rm 2.17-24), tout en la déclarant sainte : « et le commandement saint, juste et bon » (7.12).

Prendre une autre route
L’Evangile de Matthieu nous invite à percevoir ce que Jésus est venu faire : son irruption dans notre humanité doit pouvoir se remarquer (comme le signe d’une étoile dans le ciel) ; son enseignement se veut différent de ce que l’on a coutume d’entendre (Mt 5.1 et 7.28, voir aussi 15.1-9) ; il saisit l’attention de ses auditeurs au risque de leur faire peur (sens du mot “frapper” en grec : “étonner, frapper de stupeur”, voire “épouvanter”). Il surprend, il déroute mais n’est-ce pas pour faire prendre une autre route, changer une mentalité déchue dont la déchéance est parfois entretenue – ô comble – par une religion ? Lorsque Jésus va ouvrir la bouche : « Heureux » (non pas une fois mais neuf) ; « Vous avez entendu qu’il a été dit… mais moi je vous dis » (non pas une fois mais six), cela ressemblera à une nouvelle création ; Lui, la parole faite chair, selon la présentation de l’évangéliste Jean, ne parle pas pour condamner mais pour gracier, non pas pour entretenir la crainte et la méfiance mais pour provoquer le salut et la foi. Ce Jésus n’a t-il pas dit, en effet : « Mon joug est doux, mon fardeau léger » (Mt 11.28) ?

A notre tour
S’il convient de relire la Loi, de lui rendre sa place de servante plutôt que d’en faire un bourreau, si Jésus a été entendu par certains de ses disciples au point qu’ils se sont inscrits dans cette relecture, n’est-il pas encore nécessaire aujourd’hui de suivre le même exemple ? Nos communautés ecclésiales sont-elles si différentes de ces premiers groupes d’auditeurs ? Ne sommes-nous pas en demeure, nous aussi, de revenir à ces explications nouvelles de la Loi et de les appliquer ? Le chemin n’est certes pas facile, mais il nous appartient de nous mettre en action, de faire l’effort de chercher le royaume de Dieu et sa justice (Mt 6.33). Serions-nous prisonniers d’un phénomène de mode ou d’un état de fait au point de ne pas pouvoir réagir par des pensées, des sentiments et des attitudes nouvelles ? Si la vie quotidienne nous montre les défis à relever (5.22), dont même la vie religieuse n’en est pas exempte (5.23), ne disons pas que ce n’est plus possible : il y a bien souvent encore du chemin à parcourir pour tenter de régler un désaccord (5.25).
Le début du Sermon sur la montagne donne bien le ton : « Heureux ! … » (on pourrait traduire « Debout, relevez la tête, en avant !). Oui, voulons-nous être heureux ? Entendons-nous cet appel à ne pas nous résigner, à ne pas subir ? Et puis communiquons-nous cet enthousiasme, cette joie, cette sérénité ? Jésus n’est pas venu pour tout chambouler, mais pour relire la Loi à sa lumière (Mt 5.17). Intégrerons-nous cette lumière ou en aurions-nous peur ?

Par Guy Delarbre,
pasteur de l’EEL de Bergerac (Dordogne)