Lutter contre la violence - Matthieu 5,21-26
L'inquiétude de notre société par rapport à la violence est palpable. Nous ne savons pas vraiment si nous en découvrons l'étendue à cause d'un plus grand souci de l'exposer (nous pouvons penser aux violences conjugales et familiales), ou si elle augmente réellement. En tout cas, les statistiques que publient les autorités sont à la hausse. Il est légitime que la violence devienne un thème de débat pour notre société, voire de campagne électorale. Il est normal que des chrétiens s'engagent avec d'autres dans la lutte de la société contre elle. Mais, si nous voulons être disciples du Christ, et écouter le message du Sermon sur la montagne, nous ne devons pas laisser un tel engagement nous aveugler à la violence qui est en nous.
Dans ce texte, Jésus évoque la violence à l'échelle des relations personnelles, des conflits de tous les jours. Dans cette partie du Sermon, il situe son ministère par rapport à la Loi de Moïse en disant qu'il n'est pas venu pour supprimer la loi de Moïse mais pour lui donner tout son sens. Au sujet de la violence, il cite donc le sixième commandement : " Ne commets pas de meurtre ". Mais ce qui suit, " tout homme qui en tue un autre sera amené devant le juge ", ne se trouve pas dans le décalogue. La tradition humaine avait limité l'application de la Loi au tribunal humain. Jésus, lui, veut que la Loi de Dieu nous amène à reconnaître la source même du meurtre, qui est là en nous et dans nos relations de tous les jours. Quand il déclare " tout homme qui se met en colère contre son frère sera amené devant le juge ", il est ironique : il ne veut pas qu'on se traîne devant des tribunaux pour des insultes ou des fâcheries. Mais il souligne ainsi que la Loi de Dieu s'applique bien au delà du tribunal, de façon beaucoup plus vaste et intime que ce qui intéresse le législateur.
Notre danger, dans la lutte contre la violence, serait de considérer la violence comme un problème de société, sans être amené par la Parole de Dieu à reconnaître en nous-mêmes les sentiments de colère, de mépris, d'orgueil et de haine qui engendrent la violence que nous combattons.
Comment lutter contre la violence en nous ? Nous pensons peut-être à un travail personnel d'ordre psychologique sur notre colère ou notre agressivité. Mais ce que recommande Jésus à la fin de ce texte concerne plutôt la pratique de nos relations personnelles. " Si tu te souviens que ton frère à quelque chose contre toi, dit Jésus, laisse ton offrande et va d'abord faire la paix avec lui " ou bien, " Si quelqu'un porte une accusation contre toi, hâte-toi de te mettre d'accord avec lui ".
Cela semble disproportionné, mais l'application positive du commandement de ne pas commettre de meurtre est d'agir pour empêcher que notre relation avec notre frère se dégrade. Nous constatons la fragilité de nos relations à tous les niveaux - dans la file d'attente, au bureau, dans notre famille. Il suffit d'un rien pour déclencher le processus de détérioration de la relation réciproque. Et la violence peut surgir vite de ce processus. Alors, si nous sommes contre la violence, nous devons veiller sur l'état de toutes nos relations, des plus proches aux plus passagères, et en combattre la dégradation par des efforts rapides - en cherchant la réconciliation, l'entente, le règlement rapide de nos différends, même si nous y perdons la face ou laissons de côté nos droits.