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Accueil Méditations Soupirs… soupirs… soupirs…

La nature soupire, les croyants soupirent et même le Saint Esprit pousse des soupirs si nous en croyons ces versets. Les gémissements de la nature et ceux des chrétiens traduisent à la fois une souffrance et une attente. Bien avant les écologistes qui jettent des cris d’alarme depuis quelques décennies devant les offenses infligées par l’homme à la planète, faisant de lui le pire des prédateurs, l’apôtre Paul évoquait sobrement, mais clairement, le malheur d’une création soumise à la stupidité et à la barbarie des apprentis sorciers que nous sommes, occupés à scier la branche qui nous porte, nous… et nos enfants. De leur côté les disciples du Christ ne peuvent que gémir face à la détresse d’une humanité rongée par le mal et dont ils se sentent solidaires. Heureusement la souffrance de la nature, personnalisée par la plume de l’apôtre Paul, tout comme celle des croyants, se mue en une vive espérance, une attente ardente du rétablissement de toutes choses et de la résurrection corporelle annoncés par l’Ecriture (versets 21 à 25).

Mais pourquoi le Saint Esprit est-il présenté dans notre texte comme poussant à son tour des soupirs, et comment comprendre que ces soupirs de l’Esprit soient « inexprimables » ou « inexprimés » (verset 26 ; les deux traductions sont possibles) ? Il est difficile d’admettre que l’Esprit Saint, qui « sonde tout, même les profondeurs de Dieu » (1 Co 2.10), qui a inspiré la Révélation biblique, émet des soupirs qu’il ne saurait formuler ! La clef de l’énigme se trouve aux versets 26 et 27. Nous y lisons une affirmation qui a le caractère d’une promesse : l’Esprit du Seigneur nous aide en intercédant pour nous. Paul emploie deux verbes auxquels leur composition confère un sens très fort. Le Saint Esprit remplit son ministère d’avocat (de « Paraclet ») en priant à côté de nous, avec nous, à notre place et pour nous, comme le montre l’analyse de ces verbes. L’Esprit perçoit les soupirs de la nature et ceux des chrétiens et il les prend en charge pour les présenter au Père. Sa prière rejoint celle du Christ dont l’épître aux Hébreux nous dit qu’« il est toujours vivant pour intercéder en notre faveur » (Heb 7.25).

Pauvres prières marquées par notre perplexité (que convient-il de demander ?), par nos limitations, truffées de lacunes, bien mal énoncées, et qui se transforment, dans les moments d’épreuve ou de grande faiblesse en gémissements se réduisant parfois à un souffle. Mais l’Esprit Saint est hypersensible et rien ne lui échappe. Il cueille sur les lèvres balbutiantes ou au fond des cœurs blessés les plus petits frémissements, il les interprète, il les formule. Au fond il énonce clairement nos soupirs inexprimables ou inexprimés. Et son langage est compris du Père, qui connaît parfaitement la pensée de l’Esprit (verset 27). A vrai dire n’est-ce pas le Saint Esprit qui génère en nous les soupirs que nous exhalons ? Avec nous aussi il pousse le grand soupir qui résume toutes les requêtes et qui, lui, n’est pas inexprimable mais exprimé avec force : « Amen ! Viens Seigneur Jésus ! » (Apc 22.).

Daniel Furter