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Accueil Méditations Un temps pour tout

Ecclésiaste 3:1-12 : « Un temps pour se reposer et un temps pour reprendre le travail »

Vous connaissez l'histoire des deux compères qui boivent une bonne bouteille. « Quel dommage ! dit l'un, elle est déjà à moitié vide. » Et l'autre de rectifier : " Mais non, elle est encore à moitié pleine". La même chose peut se produire quand on lit des textes bibliques. Ils prennent une coloration différente selon qu'on est pessimiste ou optimiste. Ainsi de ce passage de l'Ecclésiaste.
Interprétation pessimiste.
Toute cette réflexion sur le temps est construite sur l'opposition entre un terme positif et un terme négatif : enfanter/mourir, planter/arracher, tuer/guérir, etc. Il est possible d’en déduire que l'on passe la moitié de sa vie à défaire ce que l'on a fait pendant l'autre moitié, si bien qu'il ne reste finalement rien de valable, puisque le négatif annule le positif. A quoi sert-il de vivre alors ? Tout aboutit au néant. C'est ce qu'exprime l'Ecclésiaste : « La vanité de la vie, la triste condition des hommes, tourmentés de désirs que rien ne satisfait, l'égalité du sort pour l'homme et pour la bête et l'incertitude totale à l'égard de l'avenir : cette vie haïssable (2:17) ne vaut pas peine d'être vécue. » Dès lors, la seule solution est de se donner du bon temps (v12), de jouir égoïstement du présent sans penser à autre chose qu'à son maigre bonheur.
Interprétation optimiste.
Certes, aux versets 5b, 6, 8a, le terme positif vient d'abord et le terme négatif ensuite : embrasser/ne pas embrasser, chercher/perdre, garder/jeter, aimer/haïr. Ce qui laisserait supposer que tout se termine mal. Mais dans les autres versets, le négatif vient d'abord, le positif ensuite : pleurer/rire, se lamenter/danser, guerre/paix. Le texte en paraît déjà moins sombre.
L'intention de l'auteur n'est pas de jeter un regard morose sur l'existence. Il constate simplement qu'il y a des moments heureux et des moments tristes, des actes constructifs et d'autres destructifs. Et que tous sont nécessaires. Il ne servirait à rien, par exemple (v 2b) de planter des pommes de terre, si on ne devait jamais les arracher. De plus, c'est Dieu qui arrange les temps et les moments (v 11), Il donne de telle sorte que chacun arrive quand il le faut, ni trop tôt, ni trop tard. « tout ce que Dieu a créé est beau, mais doit être utilisé seulement au bon moment. »
Même si Dieu a mis dans notre cœur l'idée de la durée indéfinie (traduction meilleure que « éternité »), nous ne pouvons pas deviner tout l'ensemble de son œuvre (v 11). N’avons-nous pas à nous tenir à notre place de créatures… « Cela, pour dissuader l'homme de trop s'appesantir sur ce qui est au-dessus et en dessous, avant et après » ? Alors la vie peut prendre un relief différent. L'invitation à jouir du verset 12 n'incite pas à se replier sur son propre plaisir. Elle est plutôt une exhortation à l'accueil reconnaissant des dons de Dieu.
La leçon à retenir est sans doute que « le tout est de savoir choisir son temps, de ne pas vivre à contre-temps... Nous avons beaucoup de temps et beaucoup d’œuvres nous sont possibles », et que « l'homme ne sait pas faire face à son présent qui est pourtant le seul réel, le seul dont il puisse disposer ».
Cette méditation de l'Ecclésiaste porte donc à la louange plutôt qu'au regret de ce que l’on n'a pas… à la louange de la rentrée plutôt qu'au regret des vacances passées.
Jean Claude CHONG