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Accueil Méditations Heureux serez-vous (Matthieu 5, 1 – 11)

Pauvres en esprit, doux, tristes, trop purs dans leur cœur, insatisfaits d’une justice au rabais, ils ont fait les choix les moins judicieux quant à leur notoriété ou à leurs bénéfices, à cause de la justice ou à cause du Christ ; ils sont néanmoins proclamés heureux.

Jésus s’adresse à ses disciples qui, pour l’avoir suivi, se retrouvent dans une situation délicate vis-à-vis de leur famille qu’ils ont laissée, de leurs amis, ou de leur synagogue. Ils se sont dépossédés de leur confort, matériel mais aussi spirituel. Heureux sont-ils, mais pas à cause du prix de leurs pertes : ils se sont mis à la suite du Messie.
Ce bonheur ne se trouve pas dans la de ce bonheur réside justement dans le fait qu’il ne dépend pas des circonstances immédiates. C’est Dieu qui le donne. Le bonheur, c’est de connaître celui qui seul peut le donner.
Cette liste de bénédictions n’est donc pas un catalogue souffrance ; il se vit malgré la souffrance. Les béatitudes ne sont pas la voie à suivre pour être heureux. La spécificité des vertus nécessaires pour être un vrai disciple de Jésus-Christ ; elle n’est pas plus un mode d’emploi à l’usage des chrétiens pour faire bonne figure devant les autres. Elle est simplement, pour nous chrétiens, le rappel de ce que nous sommes, rappel utile pour des gens parfois oublieux, même de ce qui pourrait les consoler. Nous risquons d’être comme ces écoliers qui râlent à cause de leurs devoirs qu’ils trouvent trop lourds, en oubliant leur privilège inestimable d’avoir accès à l’instruction. Sommes-nous toujours conscients de notre bonheur ?
Heureux, mais utiles :
S’il faut vivre selon le Royaume des cieux, il n’en reste pas moins nécessaire d’avoir les pieds sur terre, même si les valeurs dudit royaume sont différentes. Vivre selon le Royaume, c’est le prolonger sur terre. Justement, notre planète a besoin de gens qui ne se satisfont pas de l’état actuel, quitte à en pleurer. Notre planète a besoin de miséricordieux, de personnes sincères, au cœur pur, de faiseurs de paix, d’hommes et de femmes épris de justice, des empêcheurs de tourner en rond, parfois prêts à payer de leur propre personne. Notre planète a besoin de témoins du Royaume, et de la justice, prêts à se donner.
Pour ne citer qu’un exemple, à la fin de la guerre de 39-45, le pasteur allemand Niemöeler, engagé dans la résistance contre Hitler, dénonçait amèrement l’inertie passée de l’Eglise protestante allemande : Lorsqu’ils ont arrêté les communistes, je n’ai rien dit ; lorsqu’ils ont interné les juifs, j’ai gardé le silence ; lorsqu’ils s’en sont pris aux socio-démocrates, je me suis tu... lorsqu’ils sont venus me prendre, il n’y avait plus personne pour me défendre… L’Eglise a un rôle prophétique indispensable, mais si le sel perd sa saveur… Même si elle doit moins plaire, même si ses rangs doivent diminuer, ne doit-elle pas garder cette saveur… peut-être quitte à pleurer, mais en restant utile, et heureuse !
A méditer sans modération.
Marc Pons