Serions-nous meilleurs que Dieu ?!
Ces dix huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles étaient plus coupables que les autres ?
Je n’ai rien lu ni rien entendu à propos de la catastrophe en Asie qui attribue à Dieu ce grand malheur. Mais, j’ai lu et entendu plusieurs fois la question posée : Pourquoi Dieu permet-il cela ? Ce qui est la forme plus moderne de poser la même question.
Il y a quelques années, on sous-entendait encore que cela pourrait être une punition de Dieu sur le monde pécheur. Il y a quelques années, le grand Rabbin d’Angleterre, Immanuel Jokobovits, contesté violemment par le président des rabbins réformistes, avait écrit que l’holocauste sous le régime Nazi était un châtiment divin sur les juifs, tout comme la catastrophe de Tchernobyl sur l’URSS ou le Sida sur toute société permissive. Ce genre d’extravagance verbale appartient sans doute au passé, mais à la faveur du Sunami, il est peut-être bon de le rappeler.
Libres, donc exposés au malheur
Le message biblique c’est que nous sommes crées libres. Il n’y a aucune parenthèse à la liberté de l’homme. La tour de Siloé était-elle mal construite, mal entretenue ? Ce serait facile de glisser jusqu'à dire : Et parce que la tour était mal entretenue, ou construite au mauvais endroit, les hommes ont eu leur punition. Non, car il est peu probable que ce soit les constructeurs qui aient péri sous les décombres. Il n’y a pas de punition, même indirecte. Il y a un malheur dont on peut très souvent trouver l’origine, trouver les responsables. Mais ce serait trop facile de désigner Dieu comme agent de ce malheur.
Et pour les tremblements de terre, les volcans ou autre malheur tel que la leucémie d’un enfant de 4 ans ?
Évidemment il n’est pas plus question ici de jugement de Dieu que pour les malheurs dont les causes sont plus claires.
Place pour le mystère
Alors, Dieu a-t-il quelque chose à faire dans nos malheurs ? N’ont-ils pas le droit de crier leur désespoir, ceux qui traversent l’horreur ? Comme Jésus sur la croix, n’ont-ils pas le droit de crier : « Mon Dieu pourquoi ? »
Ne dites pas qu’il est trop facile de parler de mystère. Il est temps peut-être de réhabiliter ce mot dans certains milieux. Il y a souvent un mystère sur les origines, les causes des malheurs. Le mystère étant cet écartèlement pour notre esprit curieux entre l’affirmation de la toute puissance de Dieu et le malheur. Certains, à la place de Dieu seraient meilleurs que lui s’ils avaient sa toute puissance. Il y a donc place pour le mystère entre deux blasphèmes : attribuer le malheur à Dieu, ou l’accuser d’indifférence. Mais, dans ce mystère il peut toujours y avoir une parole de Dieu qui intervienne comme Jésus l’a fait à propos de la tour de Siloé, pour nous montrer l’issue du malheur. Jésus rend ses interlocuteurs solidaires des victimes des massacres ou des catastrophes. Ce ne sont pas seulement les asiatiques qui sont concernés par cette horrible catastrophe, mais chacun de nous. Que puis-je entendre comme avertissement, comme encouragement, comme promesse, comme appel dans cet événement ?
Et la réponse ne peut être que personnelle. Dieu ne me dit pas ce que mon voisin doit entendre au travers de l’événement. Il me parle. Et j’en tire des conclusions pour ma vie.
Daniel Poujol
pasteur retraité
pasteur retraité