La force et la faiblesse de tout disciple
Va avec cette force que tu as ; tu sauveras Israël de la main de Madian ; n’est-ce pas moi qui t’envoie ? Juges 6. 14.
Gédéon travaille clandestinement. Il bat du blé dans un pressoir taillé dans le roc, bien caché, à l’abri des pillards qui dévastent la contrée. Nous sommes dans une période sombre et chao-tique de la vie du peuple de Dieu. Mais les turbulences existent à toutes les époques et les disciples de Jésus ne peuvent-ils pas être, eux aussi, des « Gédéon » pour leur génération ?
Première révélation surprenante pour Gédéon
… et pour nous : un inconnu qui a l’air d’un passant s’assoit sous l’arbre sacré et le salue en ces termes : Le Seigneur est avec toi, vaillant guerrier… et sans tenir compte de la remarque de Gédéon, poursuit : va avec cette force que tu as, tu sauveras Israël de la main de Madian ; n’est-ce pas moi qui t’envoie ?
Avons-nous bien lu ? Ce texte s’applique-t-il aussi à nous ? Sommes-nous des vaillants guerriers, des combattants courageux capables d’être envoyés par Dieu ? Mais vous vous moquez ! Non seulement nous sommes des créatures ordinaires, mais encore des personnes faibles, souvent limitées, parfois malades. Surtout pas des foudres de guerre !
Nous sommes plutôt enclins à énumérer nos manques, nos lacunes, nos insuffisances. On force rarement les traits de son CV quand il s’agit du travail pour Dieu.
Nous sommes en bonne compagnie : comme Gédéon, Moïse, Jérémie et d’autres, ont vite trouvé des excuses : peu nombreux, guère influents, trop jeunes ou trop âgés… nous ne sommes pas de la graine de héros !
Alors quelle est cette force que Dieu soupçonne en nous ?
Ta force, ta vaillance d’aujourd’hui : elle réside dans le fait que tu es une personne, un être vivant, créé en image de Dieu. Ce que je vois en toi, c’est ta force en devenir, ta vaillance future, ta capacité à me faire confiance, ton aptitude à dire oui quand je développerai les dons qui sont en toi.
Ta force aujourd’hui, c’est de ne plus penser que je suis seulement le Dieu de tes pères (autrefois, c’était bien, Dieu nous délivrait…) Ta force, c’est de me faire confiance aujourd’hui pour le quotidien de ton existence.
Ta force, Gédéon du 21ème siècle, c’est peut-être aussi ce que je nomme ta faiblesse consciente, ce regard réaliste et lucide qui te rend humble. C’est une juste évaluation de toi-même, qui te permettra de recevoir Ma force. Quand tu me connaîtras plus intimement, alors tu pourras dire comme Pierre au paralytique de la Belle Porte : je n’ai ni argent ni or, mais ce que j’ai je te le donne…
N’est-ce pas moi qui t’envoie ?
Maintenant, il faut que tu partes Gédéon. Tu l’as bien compris, ta force ne vient pas de toi. Je ne dis pas que tu es fort pour te flatter. J’ai discerné ta capacité à me faire confiance pour les combats de la vie qui sont ceux de tous les disciples, à toutes les époques. Ne prends pas prétexte de ta faiblesse apparente pour rester sur la touche. Celui qui t’envoie, c’est le Dieu de tes Pères Abraham Isaac et Jacob. C’est aussi le Dieu de Jésus-Christ, celui qui est devenu semblable aux humains. Il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort.
Va avec la force que tu as ; n’est-ce pas moi qui t’envoie ? Gédéon moderne et courageux, tu fais bien de partir : les temps sont durs ; j’ai du travail pour toi. Sois assuré du soutien quotidien de Celui qui t’envoie.
Va en pensant à la force que te donne Celui qui marche à tes côtés. C’est en regardant à lui que tu seras un Gédéon pour ta génération.
Charly Marilleau,
aumônier à la Fondation John Bost
aumônier à la Fondation John Bost