Menu Content/Inhalt
Accueil Méditations Noël et ses rois mages

Jésus était né à Bethléhem, en Judée, au temps du roi Hérode. Des mages d’Orient arrivèrent à Jérusalem et dirent :Où est le roi des juifs qui vient de naître ? car nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus l’adorer.

Il est bien question de rois dans ce verset, mais il s’agit de Hérode et de Jésus. Pas des mages. La tradition a retenu trois mages et les a faits rois. Rois d’une nuit étoilée de Noël. Santons couronnés, débonnaires, respectueux adorateurs d’un bébé-Dieu.
 
Des chercheurs sympathiques
Dans nos évocations de cet événement, nous glissons sur l’aspect mages, magie, magique qui nous fait plutôt peur, pour accentuer l’aspect roi.
Or, le texte ne fournit de leur identité que cet aspect : mages. C’est donc à cela qu’il faut s’attarder. Les mages, ces prêtres perses, ces magiciens, ces propagandistes religieux, charlatans, ne sont nommés qu’une fois ailleurs en Daniel 2 dans la Bible. Et si les évangélistes n’ont retenu que très peu de visiteurs à Noël, c’est qu’ils devaient être importants : bergers et mages.
Sans leur enlever le mystère qui les enveloppe, et sans les affubler d’une royauté imaginaire, je trouve ces mages plutôt sympathiques. Je ne sais pas trop à qui ils correspondraient aujourd’hui : chercheurs du CNRS, théologiens, philosophes, astrologues... ? Ce qui est sûr c’est qu’ils sont des chercheurs. Et par là même des insatisfaits. Insatisfaits mais honnêtes, candides. Naïfs ? En tous cas capables de partir comme Abraham, sans savoir où ils allaient. Des hommes qui ne croient pas qu’ils ont déjà tout, tout dans la tête, au point qu’ils ne cherchent plus rien, ne se mettent plus en route vers aucun inconnu. Je les imagine planter là leur famille, leur observatoire, leurs livres, et décider de partir. Et pour oser cette folie, il faut chercher plus qu’une nouvelle étoile. Il faut être en quête de Celui vers qui elle mène. En un mot, en quête de sens. Du sens de la vie.
Et quand ils finiront par arriver au bout de leur recherche, c’est un enfant et sa mère qu’ils trouveront. Ont-ils su qu’il était Dieu ? Rien ne le dit. Marie leur a-t-elle fait des confidences ? Mystère. Ils offrent des cadeaux. Ils se prosternent devant la plus ancienne et la plus sûre image de l’amour : une mère et son bébé.
 
Mettons-nous en route !
Nos recherches du sens de la vie devraient nous mettre en route, au prix même de quelques dépouillements, au risque d’une marche dans la nuit, au risque de quelques erreurs de parcours. Et au lieu de revenir la tête un peu plus pleine, nous reviendrons (par un autre chemin !) avec une autre vision de l’essentiel de la vie : aimer. Aimer dans la faiblesse. Aimer dans la pauvreté. Aimer dans toutes les situations.
En fait, je me demande s’ils n’étaient pas vraiment des rois. Rois des chercheurs de sens qui m’invitent à me mettre en route, à la découverte de quelqu’un à aimer.
Peut-on encore imaginer qu’un jour les mages disent à Jésus : « Quand t’avons-nous vu ? » et s’entendent répondre : « C’était moi, à Bethléhem, dans l’étable. » On pourrait alors se dire qu’un jour nous aussi nous nous entendrons dire : celui-là, celle-là, ce pauvre, ce solitaire, ce prisonnier, c’était moi. Précisément celui que nous découvrirons au bout de notre prochaine recherche. De notre prochaine marche.
Daniel Poujol
pasteur retraité des EEL