Il connaissait Dieu, mais ne se confiait qu’en lui-même (Gen 32 :4-31)
Jacob pouvait espérer qu’en 20 ans son frère avait oublié sa haine, mais quand il apprend que celui-ci accourt avec 400 hommes, il panique. On ne se déplace pas avec autant de gens juste pour dire bonjour ! Sa peur est telle que son premier réflexe est de partager son troupeau en deux camps pour tenter de sauver la moitié de son patrimoine. Il va même prendre pour la première fois l’initiative de prier. Mais comme tout cela ne le rassure pas, il met au point une stratégie cherchant à amadouer Esaü. Il décide d’envoyer à son frère une succession de cadeaux astucieusement espacés de façon à augmenter l’impact psychologique global. Le but est simple : éteindre la haine d’Esaü.
La nuit précédant la rencontre fatidique Jacob ne dort pas.Il retourne le problème en tous sens, son cœur est agité, inquiet à tel pointqu’en pleine nuit, il se lève, décide de faire passer tout le monde de l’autrecoté de la rivière dans un immense remue-ménage nocturne. Jacob préfère-t-ilrester seul pour rencontrer son frère ? Veut-il donner l’apparence d’unhomme démuni ? Peut-être fait-il instinctivement ce que l’animal le plusfaible fait parfois lors d’un combat en duel, quand au dernier moment, il offresa gorge au plus fort pour faire tomber son agressivité et être ainsi épargné ? C’est la plus grosse épreuve de sa vie !Et c’est là, en plein milieu de ce temps d’angoisse que Dieu va lui apprendre àse confier en Lui. Il va le faire au moyen d’un événement étrange, presquesurréaliste, mais très important, un combat avec un ange de Dieu ! Cette luttebien réelle avec cet envoyé de l’Eternel est en même temps une image du combatintérieur et spirituel de Jacob avec Dieu depuis 20 ans et qui atteint ici sonparoxysme.
Depuis longtemps Jacob multiplie les ruses, les stratagèmessous couvert d’un langage parfois très spirituel. Certes Jacob connaîtl’Eternel, le Dieu de son père Isaac, mais la seule personne en qui il seconfie vraiment, c’est lui-même. Mais cette fois les solutions lui manquent etil doute de ses stratagèmes. Comme il résiste encore, Dieu décide lui ôter lepeu de force qui lui reste. Voyant qu'il ne pouvait le vaincre, il le frappa àl'articulation de la hanche ; et l'articulation de la hanche de Jacob se démitpendant qu'il se battait avec lui.
Les reins, la hanche, c’est l’image de la force propre del’homme, de son appui pour être solide, de ses capacités personnelles àrésoudre les problèmes. Et finalement pour ne pas s’effondrer à terre, Jacob vadevoir s’accrocher à son divin adversaire. Il va s’y accrocher physiquement etspirituellement : (Jacob) répondit : Je ne te laisserai point partir sans quetu me bénisses.
Ces mots-là, Dieu les a attendus pendant 20 ans. Pendanttoutes ses années, l’amour de Jacob pour Dieu a toujours été mesuré, intéressé,conditionnel. Il suffit de se souvenir du vœu de Jacob à Béthel. Mais ici, pourla première fois, il s’abandonne à Dieu et se confie en Lui de tout son cœur etsans condition.
Ce transfert d’appui à la fois physique et spirituel estcomme un premier pas de foi. À la place de Jacob, qui signifie le " supplanteur ", le rusé, Dieu le nomme Israël, c’est à dire " celui a combattuavec Dieu ". C’est beau! C’est une sorte de nouvelle naissance.
Avant cette nuit-là, Jacob invoquait le Dieu d’Abraham etd’Isaac comme si ce n’était pas vraiment le sien (v10), mais quelques joursplus tard en Gen 33 :20, il construira un autel qu’ilappellera El-Elohé-Israël, ce qui signifie : "Dieu est le Dieu d’Israël ". L’Eternel devient son Dieu. C’est peut-êtrebien à ce moment, et pas avant, que Jacob hérite véritablement de la promessefaite à ses pères.
Toute ressemblance éventuelle du rusé Jacob avec deschrétiens existant aujourd’hui n’est ni fortuite ni involontaire. Mais le plusincroyable, c’est que Dieu aime tout autant ces Jacobs contemporains. Il nedésespère pas d’eux et désire les bénir. Le laisseront-ils faire ?
Frédéric Sépari
pasteur