Du jamais vu...
Nous passons notre vie à côtoyer des trésors insoupçonnés. Nous regardons ce que l’on nous montre ou ce qui tape à l’œil, alors qu’il faudrait observer, scruter vraiment.J’en veux pour preuve mes vacances à Madrid. Visite du Prado oblige : Rembrandt, Brueghel, Zurbaran… Emporté par le flot des visiteurs, les tableaux défilent. Je me retrouve dehors quatre heures plus tard, étourdi, frustré de n’avoir pu éprouver l’émotion que j’espérais de ces rencontres. J’étais pourtant resté quelques minutes concentré devant « mon » Rogier van der Weyden et sa « Descente de la croix ». J’en connaissais les images, mais maintenant mon œil voyait ! Or, que voyait-il réellement ? La superficialité des choses. La distance du tableau, les reflets des lumières sur la matière… J’étais impressionné certes, mais malvoyant de la réalité du tableau, de ses détails, ses finesses, de l’intensité de la foi et de l’amour de van der Weyden pour Jésus.
Il a fallu qu’une équipe de scientifiques numérisent l’œuvre grâce à la technologie haute résolution (consultable sur Google Earth) pour que l’œuvre du maître apparaisse dans toute sa minutie, son intensité. Les larmes de Jean, retenant Marie effondrée, devenaient apparentes dans leur transparence même, et, avec elles, les émotions, la foi et l’humanité du peintre.
Cette expérience m’inspire bien des pensées. Celle-ci tout d’abord : ce que je perçois de la vie des autres, même de ceux qui me semblent si proches, n’est pas une vision en haute résolution. Et c’est très bien ainsi ! Je suis invité à les aimer en respectant leur secret – espérant aussi qu’un long compagnonnage révèlera des trésors.
Et celle-là encore : je devrais m’attarder plus longuement devant les textes bibliques ; ils recèlent des perles que mes préoccupations m’empêchent souvent de découvrir mais dont ma vie a tant besoin.
Christ, descendu de la croix, n’est pas resté au tombeau ! Les larmes de Jean ont séché. Christ est revenu de la mort pour que nos yeux s’ouvrent et que nos cœurs s’éveillent à la présence de l’Esprit. Que sa haute résolution nous en inspire de bonnes !
Par Pierre Lacoste