«/Et puis ils vinrent pour toi… Lasantha »
Dans un pays de liberté comme le nôtre, le journalisme satirique est une institution. Sur toutes les ondes, de bon matin, de nouveaux chroniqueurs rivalisent de titres effrontés et d’arrogance de mots devant les hypocrisies ou les incohérences du pouvoir. Il n’est pas toujours évident de savoir si le but poursuivi par cet essaim de mouches du coche est une saine contestation, nécessaire à toute démocratie, ou la peopolisation de leur image. Dans le doute, j’enverrais bien certains suivre un stage professionnel au Sri Lanka !Lasantha Wickramatunga, rédacteur en chef du Sunday Leader à Colombo, ne sera malheureusement plus là pour les accueillir et les former à la résistance qui coûte. Le 8 janvier 2009, ce chrétien de 50 ans qui avait refusé de céder aux intimidations du gouvernement sri lankais (cinghalais), et dont il critiquait dans ses chroniques les exactions contre la résistance tamoule, a été tué par balle alors qu’il se rendait à son travail.
Quelques jours avant sa mort, Lasantha écrivait : « Aucune profession n’appelle à sacrifier sa vie à l’exception des militaires et, au Sri Lanka, des journalistes. » Dans cet article intitulé « Et puis ils vinrent pour moi… », feu le journaliste dénonçait avec audace et vérité le harcèlement, la disparition et l’assassinat de nombreux journalistes d’opinion, concluant : « J’ai l’honneur de faire partie de ceux-là ».
Certains matins, écoutant les bavardages radiophoniques, j’éprouve un sentiment de vide et de manque. Où sont les hommes et les femmes à la parole vive, attachés à la vérité, les combattants de la justice ? Lasantha Wickramatunga avait conscience de jouer gros pour la vérité. Jusqu’où irions-nous ? …
Peut-être jusqu’à signer cette pétition : http://www.avaaz.org/fr/sri_lanka_civilians/tf.php?cl_tf_sign=1 ?
Pierre Lacoste