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Accueil Le billet d'humeur Le jour du « saigneur »

Le jour du « saigneur »

À l’unisson, catholiques et protestants condamnent le projet de loi autorisant l’ouverture des commerces le dimanche. Beaucoup de choses ont été dites de part et d’autre, et je ne peux que souscrire au boycott lancé par le conseil de la Fédération protestante de France : « Abstenons-nous d’aller faire des achats le dimanche. Prêchons par l’exemple, résistons à la tentation de l’hyperconsommation. » (BIP du 15 décembre 2008 – 15 janvier 2009). Les catholiques, à grand renfort de citations bibliques et papales, rappellent l’importance de suivre le chemin de l’église le dimanche matin : « Le jour du Seigneur est le seigneur des jours… » (Jean-Paul II). Amen ! Ces mises en garde, aussi fondées soient-elles, m’apparaissent aussi quelque peu désespérées : à qui s’adressent-elles au juste ? Aux 64 % de catholiques déclarés en France (pour 80 % avant 1968) dont moins de 5 % assistent à la messe tous les dimanches ? Est-ce vraiment l’ouverture des magasins le dimanche qui videra les églises ?
Les 3 % de protestants que nous représentons en France, toutes proportions gardées, connaissent le même phénomène hémorragique. Et même si les évangéliques semblent nettement plus pratiquants que leurs grands frères luthéro-réformés, leur assiduité au culte connaît, elle aussi, un certain flottement. Le culte, depuis longtemps et dans tous les milieux, est en rude compétition avec d’autres concurrents dominicaux.
L’ouverture des commerces le dimanche ajoutera sans doute à la désaffection des lieux de culte, mais n’en sera certainement pas la cause. Ne nous racontons pas d’histoires ! Saisissons plutôt l’occasion d’une mise en pratique plus rigoureuse de la foi et certainement plus conforme à nos principes professants : n’abandonnons pas nos assemblées pour le culte des idoles !

Par Pierre Lacoste