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Accueil Le billet d'humeur Tristes tropiques

Tristes tropiques

Le titre du best-seller de l’anthropologue, philosophe et grand voyageur Claude Lévi-Strauss, récemment entré dans le cercle des centenaires, m’inspire une humeur affectée de sentiments mêlés, entre peine et espérance. Elle concerne ce magnifique partenariat signé en 1993 avec l’Eglise libre de Nouvelle-Calédonie. Voilà cinq années que l’Eglise est en proie à une guerre des chefs dévastatrice. Le processus de division atteint aujourd’hui son paroxysme et il semble, à moins d’un miracle, qu’elle soit sur le point de voler en éclats. Déjà, en marge du synode officiel, un groupe d’Eglises et de pasteurs dissidents s’est retrouvé. La peine monte et envahit mon cœur quand les anathèmes, comme des torpilles fratricides, séparent les membres d’une même Eglise, quand les procès entre frères défrayent la Une des Nouvelles Calédoniennes. Le chagrin gagne encore en intensité quand chacun, drapé dans sa légitimité, s’aveugle au point de ne plus considérer le cœur du message chrétien : vivre la réconciliation en Christ. Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, en leur temps, sans invoquer l’Evangile, y sont bien parvenus !
Devant pareil gâchis, grande est la tentation de faire mienne le célèbre incipit de Tristes Tropiques : « Je hais les voyages et les explorateurs », comme si tout cela, partenariat et formation décentralisée, n’avait finalement servi à rien… Pourtant, je ne peux cesser d’espérer. Si la moisson est décevante aujourd’hui, ce n’est pas la faute de la semence, mais celle des intempéries subies en chemin. Je ne peux cesser d’espérer en l’action de l’Esprit Saint qui peut encore, il n’est pas trop tard, ramener la paix dans l’Eglise libre de Nouvelle-Calédonie.

Pierre Lacoste