J’entends des voix ...
Le Conseil national des évangéliques en France (CNEF), jusqu’à ce jour « plateforme informelle » de rencontre et de prière, cherche aujourd’hui à se constituer en fédération. L’une des visées exprimées dans la charte
du mouvement est de faire entendre la voix évangélique en France. Tout en saluant l’initiative globale qui devrait installer à terme entre les évangéliques français plus de fraternité et de reconnaissance, je m’interroge sur le sens de l’expression, bien trop unitarienne à mon goût, la voix évangélique. Si le concept s’entend comme la cuisine française, alors le projet s’annonce ambitieux et porteur ! A l’image de notre cuisine (dont on annonce le classement au patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco), la voix évangélique devrait relever le défi d’une expression plurielle (qui s’annonce mouvementée) des convictions de toutes ses composantes (charismatico-pentecôtistes, évangéliques-FEF, évangéliques de la FPF). La cuisine des terroirs, jalouse de ses traditions, devra apprendre la commensalité avec les fines gueules de la cuisine moderne toujours en recherche, en questionnement. Chacun adaptera à sa guise l’image aux réalités ecclésiales du CNEF ! A l’inverse, le nouveau rassemblement évangélique devra impérativement se garder du piège dangereux de la cuisine mondialisée au menu unique, saturé de sucres rapides laissant rapidement les convives sur leur faim. Si faire entendre la voix évangélique consiste à brandir des slogans volontaristes, écraser les subtilités identitaires et fondre le tout dans une sauce immangeable, je crains pour beaucoup l’indigestion. Pour tout dire, faire entendre la voix évangélique tient de l’illusion, car au CNEF, en ce qui me concerne, et m’en réjouissant, j’entends « des » voix.
Par Pierre Lacoste