L’Arche de Babel…
A quelques jours de l’ouverture du Festival international du film sur la Croisette, il me revient cette question posée par une sœur de grand âge à l’occasion de ma visite dans son Eglise de campagne. «/Monsieur le pasteur, n’est-il pas trop difficile de vivre en chrétien à Cannes au cœur de la grande Babylone?», demande-t-elle avec une réelle compassion pour le petit troupeau de chrétiens en exil dont j’étais l’héroïque berger.
Avec le recul, je perçois dans cette question/une vision de la séparation de l’Eglise et du monde qui ne correspond pas à la réalité : une Eglise, telle l’Arche de Noé, ballottée par les flots, protégeant son saint équipage des abysses et attendant l’arrivée à bon port. Le monde, Babel, avec son arrogance, sa luxure, son impénitence, attendant l’heure de son jugement.
Chère sœur, tout serait si simple en effet si Noé n’avait pas embarqué à bord de son Arche un bagage fort encombrant/: le péché originel/! Pas plus que l’Arche de Noé ne fut le moule de la nouvelle création, l’Eglise visible n’est le calque du Royaume.
En Jésus-Christ, le lieu de l’accomplissement du salut n’est pas l’Eglise mais le monde. Babel est l’espace dans lequel il entre, vit et meurt pour que tous soient sauvés. Babel est jusqu’à nouvel ordre l’objet (l’Arche ?) de l’amour obstiné de Dieu. Chère sœur, votre campagne aux apparences paisibles serait-elle moins Babel que notre Croisette avec ses paillettes ? Rien de moins sûr… Mais ce qui nous engage tous deux de façon certaine et dans la même urgence, c’est l’amour de Dieu envers tous les Babyloniens !
Pierre Lacoste