Transparents ?
Lors d’un passage sous un portique de sécurité à l’aéroport, j’ai éprouvé le mauvais sentiment d’être devenu un être social transparent. Orwell, avec son Big Brother, était bien loin d’imaginer jusqu’où nous emporterait le vent de folie paranoïaque qui a soufflé sur l’Occident depuis le 11 septembre 2001.
La révolution technologique, malgré un indéniable enrichissement de l’humain, devient, lentement mais sûrement, un instrument de contrôle inquiétant. Aujourd’hui, mon téléphone portable (même en veille) me géolocalise, mes accès Internet informent de mes centres d’intérêt et mon empreinte ADN dit la vérité de mes actes. Demain, nos cartes d’identité sous-cutanées (sur le front ou la main droite) livreront-elles le secret de nos âmes ? Autant la toute-connaissance du Dieu de la grâce sur ma vie me rassure, autant celle d’un Etat épris de maîtrise sécuritaire m’inquiète.
Il n’est pas davantage certain que la transparence soit pour l’Eglise le modèle idéal des relations fraternelles. Il vaut mieux une paix qui se construit dans la confiance, la durée et le respect du mystère de chacun qu’une Eglise sécurisée - aseptisée, où l’on se sentirait autorisé à traquer le péché jusque dans le secret des cœurs. La transparence totalitaire n’est souhaitable ni pour le monde ni pour l’Eglise. «Seigneur, tu m’as examiné à fond, tu me connais. Toi, tu sais quand je m’assieds et quand je me lève, tu comprends de loin ma pensée.» (Ps 139.1s)
Ma traçabilité est en Christ et cela me va bien comme ça ! Pierre Lacoste