Les gens
Vous ne le croirez peut-être pas mais je fais partie des nouveaux seniors ! Après 50 ans vous y êtes, c’est ce que dit le magazine que j’ai sous les yeux. Bon, pourquoi pas, ça arrive un jour ou l’autre quand on a de la chance. Et j’ai de la chance, la chance d’être grand-père par exemple. Mais je n’étais pas au bout de mes surprises.
Le nouveau senior est à la retraite ! Étrange, les dernières nouvelles du gouvernement n’allaient pas dans ce sens. Passons, ils ne peuvent pas tout savoir sur moi. Les pages défilent et je note en passant que ces seniors n’ont pas de souci, surtout s’ils achètent tout ce qui leur est proposé pour leurs douleurs (quelques rhumatismes peut-être), leurs économies (ils sont pleins aux as), leurs loisirs (il n’y a que l’embarras du choix), leur santé (ils sont dynamiques), leur nourriture (ils sont minces) et j’en passe de plus succulentes. Comme c’est écrit : ces seniors ont la vie devant eux, ils vont jusqu’au bout de leurs envies ! Vraiment intéressants ces seniors qui peuvent acheter pour être heureux.
J’ai quand même noté dans un article que les sociologues ont repéré des « sefras », je n’invente rien. Ces sefras sont les seniors fragilisés ; c’est effectivement beaucoup mieux que de dire pauvres vieux. Ceux-là ont sans doute de gros handicaps et de petits revenus. Allez savoir pourquoi, ils n’occupent pas beaucoup de place dans le magazine (attendons la prochaine canicule).
Je ne sais pas si vous commencez à le sentir, mais tout ça m’agace. Les retraités d’aujourd’hui sont les révoltés d’hier, trouve-t-on encore dans ce journal inspiré ; en ce qui me concerne j’ai l’impression que ma révolte ne cessera que le jour où les gens ne seront plus classés, étiquetés, évalués comme des marchandises.
Claude Baty