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Lorsque l’enfant paraît pour disparaître (2 Samuel 12:1-25)
12-11-2009
Encore un passage biblique troublant sur les turpitudes d’un roi, et sur la réponse de Dieu.
Lorsque le prophète Nathan vient confondre David pour le placer devant ses fautes, nous lisons une des pages les plus tragiques et les plus injustes de l’Ancien Testament, à savoir la mort d’un enfant adultérin innocent tandis que les parents coupables s’en sortent relativement bien.
Révoltant
Fait étrange, Nathan ne parle pas de l’assassinat d’Urie ordonné par David ! À y regarder de plus près, on constate que Nathan (comme les auteurs bibliques qui parleront de Bethsabée) ne porte qu’une accusation : l’adultère.
Après le premier repentir du roi, Nathan signale que l’enfant à naître ne vivra pas. Et c’est là que le malaise devient insupportable. Certes, perdre un enfant est sans doute la pire chose qui puisse arriver à des parents, mais lorsque cette mort est la punition qui résulte de la faute de ces parents, la sanction devient intolérable. Et pour accentuer l’horreur, l’enfant qui naît agonise sept jours. Faut-il à Dieu ce temps monstrueusement long pour effacer une vie et faire souffrir un innocent ? Faut-il ce temps pour que David mesure l’abominable faute dont il est l’auteur ? 
David va vivre un deuil par anticipation et nul ne peut douter de la profondeur de son repentir, même tardif. Mais cette humiliation est au prix d’un enfant qui n’y est pour rien. Un enfant qui n’a même pas de nom. L’a-t-on privé de nom parce qu’on savait qu’il allait mourir ? Ne méritait-il pas d’avoir, même pour quelques jours, une identité ?
L’enfant mort, David se relève et tourne la page avec une froideur qui époustoufle même ses proches. Le roi déclare que son deuil est désormais inutile et s’en va consoler Bethsabée. Et là, le narrateur ose une autre présentation de la femme. Il la nomme par son nom et en fait la femme de David. Puis, sans transition, on apprend que David couche avec elle et qu’elle enfante Salomon. Après la tragédie, le happy-end ! Le couple s’en sort un peu trop bien tandis qu’un bébé est odieusement mort.
 
Une portée théologique
Cette histoire ne parle pas seulement d’une erreur de parcours, voire d’une expiation puis d’une absolution. Elle a une portée théologique et prophétique. Il suffit de se poser les bonnes questions face aux événements et au-delà de l’indignation. Le narrateur insiste beaucoup sur l’attitude de David, mais il faut aussi porter le regard sur l’enfant sans nom qui, par sa mort, efface la faute de ses parents. On découvrira alors que cet innocent par nature se substitue à la condamnation de David et de sa lignée. Il devient donc la figure du destin messianique : l’innocent qui agonise sept jours entraîne, dans son effacement, l’erreur de l’humanité pécheresse. En mourant, il permet un nouveau départ ; c’est ainsi que David peut se lever, se relever, renaître puis inaugurer une nouvelle vie que symbolise l’arrivée de Salomon. L’enfant sans nom qui meurt laisse la place à l’enfant qui construira le Temple et qui déjà porte deux noms : Salomon et Jedidja (bien-aimé de l’Éternel).
Le deuil particulier par lequel passe David et surtout la mort de l’enfant ouvrent une ère nouvelle et une lignée messianique : la paix avec Dieu est retrouvée. C’est pourquoi le fruit qui semble clore l’épisode douloureux se nomme Salomon, un nom forgé du mot Shalom/Paix.
La réconciliation avec Dieu est au prix de l’innocent qui ne porte pas de nom, d’une part parce qu’il ne devait pas venir si la faute n’avait pas été commise (voilà sans doute pourquoi Nathan ne parle que de l’adultère), d’autre part parce qu’il ne peut être nommé : il a le nom qui est au-dessus de tous noms !

Par Eric Denimal,
pasteur de l'EEL de Nîmes