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La paix ou l’épée ? "Ne pensez pas que je sois venu jeter la paix sur la terre…"
24-11-2009
La Bible contient des passages difficiles, parfois même impossibles à faire entrer dans nos cadres de pensée. Nous poursuivons la série avec un texte du Nouveau Testament.
Jésus est venu, on le sait, dans un but précis. Sa présence n’est pas un hasard. Le sens de cette venue est explicite, mais il est troublant : sa parole n’est-elle pas une parole de paix (voir 5:9) ? Si Jésus n’est pas venu apporter la paix, qu’est-il venu apporter ? S’il est venu apporter le glaive, comment comprendre sa mission ? Tout était parti de foules qui avaient désespérément besoin d’un berger (Mt 9:36). Le berger tant attendu se présenterait-il armé d’un glaive ? Là où l’on attendait la guérison, Jésus viendrait-il apporter le tranchant de l’épée ?

Chaque fois que Jésus dit : « je suis venu », c’est qu’il va évoquer l’un des aspects fondamentaux de sa mission : accomplir la Loi ; appeler des pécheurs ; servir et donner sa vie (Mt 5:17 ; 9:13 et 20:18) ; et, ici, jeter le glaive sur la terre, trancher au sein des familles. Y a-t-il une possibilité de malentendu dans ses paroles ? Dans tous les cas, la déclaration est catégorique : la parole de paix (Mt 10:12-13) s’avère être une parole tranchante, qui sépare, là où elle est reçue, et ce tranchant est assumé par Jésus comme la raison d’être de sa venue.
 
Chacun sa mission
La première chose qu’il faut bien comprendre, c’est que c’est de sa propre mission que parle Jésus. Sa mission possède le tranchant du glaive, mais celle des disciples est une mission de paix. Confondre les deux sur ce point serait dangereux. Le glaive, c’est intéressant de le noter, va revenir plus loin, au cœur du récit de la Passion. En Matthieu 26:47, il est porté par la foule qui est avec Judas et qui vient arrêter Jésus ; le glaive accompagne donc la trahison. Peu après, en Matthieu 26:51-52, c’est l’un de ceux qui sont avec Jésus qui dégaine son glaive et qui frappe l’ennemi ; mais Jésus l’invite à le remettre à sa place, car ceux qui prennent le glaive périront par le glaive. Entre les mains des humains, le glaive est dangereux : c’est un instrument de trahison, mais aussi de violence, qui peut se retourner contre soi. D’où l’importance d’une lecture attentive du texte : le glaive est jeté par Jésus, et non par ses disciples.
 
La séparation, qui est l’effet tranchant du glaive, est décrite en langage familial : « séparer un homme de son père et une fille de sa mère, et une belle-fille de sa belle-mère ; et les ennemis de l’homme seront les gens de sa maison » (voir Michée 7:6). La mission des disciples, ce qui précède l’a montré, ne peut s’accomplir que dans la proximité (Mt 10:11-14). Or quel meilleur lieu de proximité que la maison ou la famille ? Mais du coup, c’est aussi dans la maison que vient trancher l’épée. La structure familiale est donc douloureusement secouée par la parole du royaume de Dieu. Cette parole fait l’objet d’un débat violent, qui nécessite un choix : l’adhésion à Jésus ou le rejet.
 
Nuance
La deuxième et dernière chose qu’il faut bien comprendre, c’est que la violence de Jésus (le glaive) ne conduit pas à la mort ; alors que la violence humaine peut y conduire : « Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mettre à mort » (10:21). La violence de Jésus est celle du choix : un choix douloureux, tranchant, parce que l’attachement à Jésus ne vient pas simplement s’ajouter à tous nos autres attachements. Au contraire, tous nos autres attachements doivent être redéfinis par rapport à notre attachement à Jésus.

Par Christophe Paya,
professeur de théologie pratique à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine