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Accueil Etudes L’Epître de Jacques II

Jacques 1 :2-3 une théologie de la souffrance ?

« Considérez comme un sujet de joie complète les diverses épreuves[1]que vous pouvez rencontrer ». Vraiment ces paroles sont difficiles àaccepter ! Jacques est pourtant fidèle à l’enseignement de Jésus :« heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés » Mt 5 :4 (cf aussi 5 :14ss). Mais imaginons le tollé si unprédicateur lors d’un enterrement s’aventurait à parler ainsi :« quelle absence totale de compassion » dirait-on ! Pourtant nesavons-nous pas au fond de nous-mêmes que la souffrance peut contribuer à notreformation spirituelle et que souvent ceux qui apportent le plus à notre foisont ceux qui ont le plus souffert mais qui ont su garder la foi ? Je connaisdes chrétiens qui doivent vivre avec la maladie et qui, même s’ils passent par des phases de révolte ou dedécouragement, ont un rayonnement et une finesse de perception spirituelle quim’édifient.

Jacques n’est pas insensible auxmalheurs de ces chrétiens qu’il appelle affectueusement « mesfrères », il s’indigne du sort fait aux pauvres, il se soucie des malades.Au ch.5 v.13 il ne dit pas : « si quelqu’un est dans la souffrancequ’il soit dans la joie et chante des cantiques et il aura lavictoire » mais : « qu’ilprie ».

« Considérez »

Les circonstances extérieuresforgent notre personnalité… mais suivant notre perception intérieure, la façondont nous considérons les choses. « Considérez ». Le verbe« considérer» ègéomai peut signifier soit « gouverner »soit « croire , tenir pour » comme c’est lecas ici. Jacques invite les chrétiens à transformer leur vision pour relireleur vie avec un parti pris de foi .

« un sujet de joie complète » Cesparoles sont difficiles à accepter si la souffrance n’a aucun sens. Lathéologie de Jacques heurte une idée sous-jacente chez beaucoup de chrétiensaujourd’hui : la foi nous mettrait à l’abri de la souffrance et noussouffririons uniquement quand nous désobéissons. Chez le croyant l’épreuve peutsusciter des réactions très diverses : colère, sentiment de culpabilité,dépression etc... Pour les chrétiens qui auraient tendance à culpabiliser, lesparoles de Jacques sont salutaires. Les obstacles ne sont pas forcément là pournous punir, mais la foi est une course d’obstacles, elle est une épreuve et ilest normal qu’il y ait des difficultés.

« la mise à l’épreuve de votre foiproduit la patience. »

Jacques explique que cette souffrance n’est passtérile : elle produit « la patience » : hupomonè qui peut se traduire par« endurance, persévérance, patience » ou « attente » . Socrate définissait l’ hupomonè comme le couragedésespéré de celui qui tient bon alors qu’ il n’aaucun espoir de vaincre. Dans la Bible grecque des Septante, on trouve aucontraire le verbe, tiré du même nom, employé dans le sens d’espérer :« en toi j’espère hupémeinatous les jours » Ps 25 :5. Paul associe patience et espérance : ainsi il félicite lesThessaloniciens pour la « la fermeté hupomonès de votreespérance » 1 Thess 1:3. Comme dans la Septante et chez Paul (cf. Jac 1 etRm 5 :3,-5) la « patience » dont parle Jacques n’est pasrésignation, elle est tension, elle s’accroche à l’espérance en dépit desapparences contraires .Elle est attente de Dieu. Il faut bien dire que, quandtout va bien, nous n’attendons pas grand chose de Dieu, alors que l’épreuveprovoque une tension qui aiguise notre attente de Dieu notre espérance de ladélivrance. Est-ce un hasard si c’est chez les chrétiens persécutés quel’attente du retour du Seigneur est la plus forte?

Afin qu’il ne vousmanque rien

Jacques insiste fortementau v.4 (« œuvre parfaite » « parfait »« accomplis ») sur le lien entre épreuve et perfectionnement. Commesi celui qui n’a pas vécu et surmontél’épreuve ne pouvait être un chrétien complet. Ce n’est pas tant une théologiede la souffrance qu’une théologie de la croissance qui ne peut se faire sansdouleur dans un monde et avec une nature humaine contraires. Surmonter lesépreuves, garder la foi-confiance en Dieu nous font grandirspirituellement : « ll faut que votreendurance aille jusqu’au bout de ce qu’elle peut faire pour que vous parveniezà l’état d’adultes » (1 :4) Bible du Semeur 2000 .

Le point limite de l’épreuve

Mais si l’épreuve retendla corde de la foi, ne risque-t-elle pas de la briser ? Devant lessouffrances endurées par certains frères en la foi, on se pose la question.

Jacques semble considérer comme acquis que le chrétien peutendurer l’épreuve (ou tentation) et obtenir la couronne de vie (1 :12) . Pour savoirpourquoi il faut se tourner vers Paul : « Dieu est fidèle et nepermettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces; mais avec latentation (ou épreuve) , il donnera aussi le moyend’en sortir, pour que vous puissiez la supporter ». 1 Cor 10 :13. Lepoint limite de l’épreuve de la foi, c’est la fidélité de Dieu.

Luc OLEKHNOVITCH, pasteur



[1] Peirasmos peut se traduire « épreuve »ou « tentation ». Le v.2 parle de quelque chose qui vient del’extérieur qu’on « rencontre » et le v.3 souligne aussi l’extériorité du« test auquel votre foi est soumise » TOB la traduction« épreuve » s’impose donc au v.2.