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Accueil Etudes L’Epître de Jacques

L’auteur se présente sans plus de précisions comme « Jacques, serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ ». On peut l’identifier à « Jacques, le frère du Seigneur » (Gal 1 :19). Il écrit « Aux 12 tribus dans la dispersion ». Cette appellation présente l’Eglise chrétienne comme un Israël spirituel. La « dispersion » pourrait être une allusion à celle qui a suivi la lapidation d’Etienne (Act 8 :1). Jacques parle comme s’il s’adressait uniquement à des juifs, et appelle l’Eglise « synagogue » (2 :2 « assemblée » litt. « synagogue »). Comme les prophètes de l’AT, il ne s’adresse pas seulement à la communauté des croyants mais à toute la société juive (4 :13ss ; 5 :1ss).

Au début du ch.1 on trouve 4 grands thèmes : persévérance dans l’épreuve (1 :2-4), la prière, la sagesse (1 :5-7), pauvres et riches (1 :9-11), qui reviendront dans la lettre.

Si la lettre ne contient pas de développement christologique, le Christ est nommé (1 :1 ;2 :1) et surtout son enseignement imprègne celui de Jacques en particulier le Sermon sur la Montagne[1].

1. La sagesse selon Jacques

Jacques 1 :5-8 La sagesse pour tous

C’est sagesse que de reconnaître son manque de sagesse : « Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu » 1 : 5. On trouve déjà dans le livre des Proverbes cette invitation à demander la sagesse (Prov 2 :3) ; ce fut aussi la prière de Salomon au début de son règne (1 R3 :9-10). On peut faire le lien entre cette demande de sagesse et la situation d’épreuve que Jacques mentionne aux versets précédents. Il faut en effet de la sagesse pour savoir comment se comporter dans l’épreuve. Jacques promet cette sagesse pratique à tous chrétiens qui la demandent dans la prière. Mais cette promesse est accompagnée d’une mise en garde : « qu’il la demande avec foi, sans douter » 1 :6. Le v.8 montre qu’il ne s’agit pas d’une hésitation ou d’un doute passager mais d’un état d’inconstance. L’ « homme irrésolu » (dipsuchos litt : âme double ) ne peut recevoir la sagesse divine parce que sa fidélité au Seigneur n’est pas entière ( le même mot est traduit « âme partagée » en 4 :8 Colombe). Cet homme est un « instable », (autre traduction pour « irrésolu ») à l’image du flot en perpétuel mouvement, son engagement est superficiel, voilà pourquoi il n’est pas prêt à payer le prix de la fidélité au Seigneur : « l’épreuve » (cf.« les hommes d’un moment » de Mc 4 :17) .

Jacques 3 :1-2 La sagesse pour enseigner

« Ne soyez pas nombreux à vouloir être docteurs, mes frères, car vous savez que nous subirons un jugement plus sévère. ». Jacques fustige les luttes de pouvoir de gens qui convoitent la place de rabbi chrétien, place prestigieuse dans la culture juive (cf. Mt 23 :7).

A ceux qui brûlent de monter en chaire, Jacques rappelle que c’est une responsabilité redoutable et qu’avant de gouverner les autres il faut d’abord gouverner sa langue (3 :2). Celui qui prétend enseigner devrait être « sage et intelligent » 3 :13[2]. On trouve déjà cette paire dans l’AT : en Dt 1 :13, ce sont les qualités de ceux qui doivent diriger le peuple. Mais les enseignants devraient aussi être exemplaires par leur « bonne conduite » (3 :13) ce qui ne semble pas être le cas…

Jac 3 : 13-18 Sagesse d’en haut, querelles d’en bas

Jacques oppose la sagesse divine qui vient d’ « en-haut » et se manifeste par la paix qu’elle répand à la « sagesse » « d’en-bas » qui ne provoque que querelles.

Pour fustiger cette pseudo-sagesse Jacques ne mâche pas ses mots : « elle est terrestre, charnelle, démoniaque » ! Jacques voudrait-il dire qu’un chrétien peut être possédé ? Non, mais s’il ne veille pas à purifier son cœur, il peut prêter l’oreille au diable … puis la langue ! La jalousie (3 :14,16) , les rivalités, la convoitise (4 :2,3), l’orgueil (4 :6) font naître et entretiennent les querelles. Le sage lui sait s’en retirer (cf. Prov 20:3 FC) pour être artisan de paix (3 :18). En lisant la violente diatribe du ch.4 on pourrait cependant se dire que Jacques n’applique pas ses propres principes, mais c’est oublier que « la sagesse d’en haut est d’abord pure » (3 :17), c’est–à-dire qu’elle ne supporte pas le mal !

La sagesse d’en haut, dont parle Jacques, ressemble fort à l’action du Saint Esprit (cf. Jac 3 :17-18 et Gal 5 :22). Cette sagesse n’est donc pas une révélation ésotérique mais plutôt renouvellement de l’intelligence et purification du cœur par le Saint Esprit. Elle suppose la foi comme engagement entier : on ne peut demander à Dieu son aide si on n ‘est pas prêt à faire sa volonté. On la reconnaît à ses qualité morales : l’humilité est sa ligne de conduite et la paix est son fruit .

Luc OLEKHNOVITCH, pasteur



[1] Par ex. Jac 1 :2/Mt 5 :10 ; Jac 3 :18/Mt 5 :9. Cf. l’introduction à Jacques de la Nouvelle Bible Segond .

[2] La Bible du Semeur 2000 se singularise en traduisant « expérimenté » au lieu d’ « intelligent ». Le mot grec est épistèmôn «qui sait , qui est instruit ou qui a de l’expérience » (Bailly). C’est ce dernier sens que retient la Semeur. Mais dans ce contexte où l’aptitude à enseigner semble visée le sens « instruit » semble meilleur.