Menu Content/Inhalt
Accueil Etudes Jonathan, « moi je serai au second rang » (1 Samuel 23:17)

Jonathan, « moi je serai au second rang » (1 Samuel 23:17)

Il y a des personnes qui sont des seconds rôles et heureuses de l’être : elles ne voudraient surtout pas porter le poids de celui qui est en première ligne ! Mais ce qui se voit plus rarement, c’est quelqu’un qui tient un premier rôle se retirer volontairement pour laisser la place à un autre « jeune premier ». Et pas après une longue carrière, où l’on aspire au repos, mais alors qu’il est encore jeune et plein d’espoirs ! C’est le cas de Jonathan. Après avoir entendu David parler à son père, Jonathan se dépouille de ses habits princiers et les donne à David, geste oriental d’amitié mais aussi reconnaissance symbolique d’un passage de pouvoir.
 
Du caractère
Ce n’est pourtant pas un personnage falot que ce Jonathan. En plus d’être l’héritier du trône d’Israël, il a su gagner l’amour du peuple par son audace et sa bravoure militaire en s’emparant à lui seul d’un poste ennemi, ce qui n’était pas de l’inconscience mais un acte de foi : « rien n’empêche l’Éternel de sauver au moyen d’un petit nombre... » 1 Samuel 14:6. Au point que c’est le peuple qui a sauvé Jonathan de la folle colère de son père Saül, parce qu’il avait enfreint son ordre de jeûner.
 
De la lucidité
Admiré du peuple, il aurait pu prendre ombrage, comme son père, de l’étoile montante de ce David. Il s’est au contraire pris d’amitié pour lui et a su discerner que c’était lui, David, que Dieu avait élu pour conduire son peuple et que la colère de Saül n’y pourrait rien. Jonathan se rendit vers David dans la forêt, pour affermir son courage en Dieu. Il lui dit : Sois sans crainte, car la main de Saül, mon père, ne t’atteindra pas. Tu régneras sur Israël, et moi je serai au second rang près de toi ; Saül, mon père, le sait aussi (1 Samuel 23:16-18). Il y a quelque chose de poignant, à la lumière de sa fin tragique, dans l’espoir qu’a Jonathan de devenir le second de David, bien qu’il semble avoir eu l’intuition de cette fin (1 Samuel 20:14).
 
Un modèle
Celui qui doit se retirer pour laisser la première place à un autre essaie souvent de faire bonne figure mais il est intérieurement ulcéré. Rien de tel chez Jonathan ! Pourquoi ? D’abord parce qu’il a reconnu en David l’élu de Dieu, et devant le choix de Dieu il ne peut que s’incliner. Mais surtout il nous est dit que Jonathan, en entendant pour la première fois David, l’aima comme lui-même (1 Sam 18:1). Il est plus facile de laisser la place à quelqu’un qu’on aime. Pourtant, quand il entend David, celui-ci parle avec Saül, la tête de Goliath encore à la main ! Il est sans doute difficile de comprendre, pour la plupart d’entre nous, la fraternité de ceux qui, engagés dans de mortels combats, savent qu’ils peuvent confier leur vie à leur compagnon d’arme. En écrivant l’éloge funèbre de Saül et Jonathan, c’est d’ailleurs celle de deux frères d’armes que prononcera David. Jonathan, celui qui s’est effacé pour laisser la première place à l’élu de Dieu, nous laisse un modèle à la Jean-Baptiste : « Il faut qu’il croisse et que je diminue ».

Luc Olekhnovitch
Pasteur de l'EEL de Meulan