Fêtes juives : Souccoth, la fête des huttes
Souccoth (Lv 23.33-43, Dt 16.13-17) est la troisième grande fête annuelle de pèlerinage. En français, elle est appelée fête des tabernacles (transcription du terme utilisé dans la Vulgate, traduction latine de la Bible), fête des tentes (traduction du mot latin) ou fête des huttes (ou cabanes). Cette dernière appellation est la plus fidèle au sens du mot hébreu souccoth. La fête emprunte son nom à la coutume selon laquelle, à cette occasion, les Hébreux construisaient des cabanes de bois et de feuillage.
Fête agricole
Pessah - Pâque et Chavouoth - Pentecôte), les origines de la fête de Souccoth sont agricoles. Les cabanes font probablement référence aux huttes de branchages qu’on élevait dans les vignes et les vergers pendant les vendanges et la récolte des fruits1. Ex 23.16 parle d’ailleurs de « la fête de la récolte » : après avoir récolté les fruits de la terre, on rend grâce à Dieu. Elle était célébrée au moment des moissons et des vendanges (Dt 16.13), Lv 23.34 en fixe la date au 15e jour du mois de Tichri (7e mois : septembre-octobre).
La fête de Souccoth constituait le plus important et le plus fréquenté des pèlerinages. Lv 23.39 l’appelle « la fête de Yahvé » et Ez 45.25 la désigne simplement comme « la fête » : c’est la fête par excellence. Chaque jour, des sacrifices et des offrandes étaient apportés (Nb 29.12-34 en donne la liste détaillée : en aucune autre occasion on offrait autant de sacrifices !). Après la construction du temple à Jérusalem, les cabanes étaient élevées sur les terrasses et dans les cours intérieures des maisons, sur les places de la ville et dans les parvis du Temple (Né 8.16). La fête est l’occasion de grandes réjouissances et « l’on a coutume de dire que celui qui n’a pas vu la joie de cette fête de nuit n’a, dans toute sa vie, vu aucune vraie joie. »2
Souvenir de l'errance
Dans la Bible, cette fête agricole a été investie d’un sens nouveau, associé à l’histoire du peuple d’Israël. Lv 23.42-43 précise que la coutume des cabanes va servir de mémorial du désert. En séjournant 7 jours dans des cabanes, le peuple d’Israël se souviendra des jours où il a erré dans le désert, habitant sous des tentes.
L’Ecriture parle encore d’un huitième jour (Lv 23.36, Nb 29.35-38), mentionné à part des 7 jours de fête. Il y est question d’une cérémonie solennelle (ou cérémonie de clôture). On y prononce notamment des prières pour que la pluie féconde le sol3.
D’autres cérémonies furent ajoutées ultérieurement et notamment, au cours du huitième jour, la coutume de la libation d’eau. On se rendait en procession au réservoir de Siloé où un prêtre puisait de l’eau dans une cruche en or. Cette eau, mélangée à du vin, était versée dans un bassin devant l’autel.4 C’est probablement à cette occasion que Jésus s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive » (Jn 7.37). En effet, Jean précise que Jésus prononça ces paroles « le dernier jour, le grand jour de la fête », en référence à la fête de Souccoth.
1 Roland DE VAUX, Les Institutions de l’Ancien Testament II, Ed. du Cerf, p.404.
2 R. DE VAUX, p.399.
3 André BOULAGNON, La signification spirituelle des fêtes juives, Ichthus n° 1982/4, p.13
4 A. BOULAGNON, p.13
Vincent Mieville, pasteur
PLV Février 2002