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Accueil Etudes Joseph d’Arimathée, disciple de l’intérieur (Jean 19.38-42)

Joseph d’Arimathée, disciple de l’intérieur (Jean 19.38-42)

La Bible ne manque pas d’exemples héroïques et admirables. Elle contient aussi celui de personnages qui, pour passer plus inaperçus, n’en ont pas eu moins d’importance. La série des seconds rôles continue…


Étonnante  cette approximation de Paul… Dans son discours d’Antioche, il affirme que les habitants de Jérusalem, avec leurs chefs […] sans trouver de motif de condamnation ont demandé à Pilate d’exécuter Jésus. Ayant accompli tout ce qui était écrit à son sujet, ils l’ont descendu du bois et l’ont mis dans un tombeau (Actes 13.27-29).
 
Second couteau ?
Pourtant Luc le savait bien et il n’a pas corrigé l’amalgame paulinien. Ce ne sont pas les juifs qui ont descendu Jésus de la croix, c’est un juif : Joseph d’Arimathée. Serait-il considéré par Paul comme un détail insignifiant de l’Évangile ? Je laisse volontiers cette question aux spécialistes pour m’attacher à la personne de Joseph. 
Relevons d’abord que pour un second couteau, il ne passe inaperçu aux yeux d’aucun des quatre évangélistes. La scène de la descente de la croix est brève, contient des variantes, mais n’a échappé à personne.
 
Enquête sur la personne
Pour Matthieu, Joseph est riche, propriétaire du tombeau où il va déposer Jésus. Et s’il prend de telles dispositions, peut-être est-il au soir de sa vie. À la différence des deux autres évangiles synoptiques, aucune référence n’est faite à son appartenance au Sanhédrin.
Pour Marc et Luc, Joseph, membre honoré du Conseil, est un homme qui attend le règne de Dieu – en plus d’être bon et juste précise Luc, ce qui le conduira à refuser de cosigner l’acte d’accusation contre Jésus.
Pour Jean, comme pour Matthieu, Joseph est un disciple de Jésus ; un disciple en secret précise Jean, qui prépare ainsi l’entrée en scène de Nicodème, l’autre non-déclaré de son évangile, venant lui prêter main forte pour l’acheminement du corps au tombeau. Une différence importante entre les synoptiques et Jean fait poser question : qui a embaumé le corps de Jésus ? Joseph, juste avant le sabbat comme l’affirme Jean ? Les femmes, du moins au niveau de leur intention, au matin de Pâques selon les synoptiques ?
 
« Quelqu’un de l’intérieur » (1)
Ces disciples en secret méritent-ils le regard parfois sévère qu’on leur porte en terre professante ? Joseph et Nicodème s’associent ici pour prendre le corps de leur Seigneur. Ce mot est fort. Pour Nicodème ce geste présuppose un cheminement intérieur lent et profond. Depuis ce premier entretien troublant avec le Maître, il lui a fallu entrer en rébellion contre lui-même, contre l’appareil politico-religieux dont il dépendait, pour lâcher prise enfin, s’abandonner, prendre rendez-vous avec Pilate, lui demander l’autorisation de prendre Jésus. N’est-ce pas cela la confiance : ce renoncement à la maîtrise de sa vie pour accueillir le crucifié ? Se libérer du regard des autres pour se laisser remplir enfin du courage d’être ! Quand Joseph et Nicodème osent ensemble le geste de prendre ce corps compromettant, ils disent à la fois leur renoncement à eux-mêmes et leur désir d’appartenir à Dieu par le Christ. Ils prennent ce corps qu’ils reçoivent à bras le corps. Ni l’un ni l’autre ne sont capables d’une foi déclarative. Ils sont des hommes de l’intérieur au cheminement secret, complexe et profond. Pour finir, leur chemin les a conduits au pied de la croix, alors que de prestigieux confessants ont disparu…
 
Poser des actes d’appartenance
La déclaration de bouche est belle, nécessaire, biblique et tellement stimulante ! Mais elle reste une déclaration. Elle ne remplacera jamais l’acte qui consiste à prendre et à recevoir le Christ en nous. Elle ne remplacera jamais non plus ce regard des femmes qui avaient accompagné Jésus pour le servir et qui cherchaient à savoir où on le mettait. (Mat 27.55 ; Mc 15.47)

Pierre Lacoste
Pasteur de l’EEL de Cannes

(1) titre d’une chanson de Francis Cabrel