La vallée de l’ombre de la mort (Psaume 23)
Dernière de notre série sur les textes archi-connus, cette étude méditative s’est écrite sur les pages de la vie de note auteur.
Pendant longtemps j’ai lu ce psaume pour y trouver signifié que Dieu ouvre toujours devant nous une issue heureuse aux crises que nous traversons. Sa seule lecture me permet de ressentir la joie, la sécurité, la liberté, le bonheur. C’est une invitation à s’appuyer dans une confiance totale en Dieu. Je l’ai souvent utilisé lors des enterrements, il m’a aussi été demandé par un couple pour leur cérémonie de mariage. C’est un psaume bienfaisant, imagé et facile à comprendre. On peut tous se projeter dans cette image rassurante.
Mais un jour il y a eu Kaboul dans ma vie, et depuis, ce psaume un peu facile, rassurant et bienfaisant, est devenu un socle. Parce que la vallée de l’ombre de la mort n’est plus une image littéraire ; elle existe vraiment ; pour moi elle a un vrai visage. Lorsque je traversais cette vallée, sous mon gilet pare-balles, dans le véhicule blindé, ce psaume est revenu à ma mémoire avec évidence. Et la méditation de ce psaume m’a alors permis de prendre davantage conscience que tous les verbes d’action sont attribués à Dieu. C’est lui qui agit, qui mène, qui ranime, qui dresse la table. Puis après avoir été restaurée dans mon humanité, après avoir retrouvé la place qu’il me donne, je reçois alors le courage de repartir sur les chemins de la vie. C’est alors au tour du psalmiste d’utiliser des verbes d’action. Le berger en me guidant me révèle aussi à moi-même, il me relève et me révèle à moi-même. C’est en le trouvant Lui, que je me trouve, que je trouve ma place.
Un lien de confiance
Il n’est pas nécessaire d’aller tous à Kaboul pour retrouver le sens profond des psaumes. Nous sommes tous les soldats de ces combats essentiels, et la vallée de l’ombre de la mort peut avoir bien des visages différents.
Ce psaume nous invite à entrer dans une intimité avec Dieu, une intimité suffisamment proche pour que je découvre qu’il n’y a pas lui et moi, mais que nous sommes ensemble sur le même terrain. Ce psaume m’engage à ne pas nier la difficulté, ne pas fuir les heures difficiles, mais y entrer avec un dialogue d’amour avec Dieu. Car c’est ici-bas qu’il s’engage à nos côtés, pas dans les cieux.
Quand nous ne savons plus si nous arriverons à tenir le coup, Dieu nous tend la main, que ce soit pour soutenir notre résistance, entendre notre révolte ou accueillir notre lâcher prise : « maintenant Seigneur, j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir et, à bout de ressources, je te confie ma cause. »
En rétablissant le lien de confiance qui nous unit à Dieu, la prière convertit alors notre perception de la réalité : elle l’ouvre comme s’est ouvert le tombeau dans la nuit de Pâques. Elle restaure la confiance qui seule a donné, donne et donnera à nos paroles et à nos croyances le pouvoir d’agir sur la réalité. Aujourd’hui je sais, que dans la vallée de l’ombre de la mort, Dieu, en effet, ne nous laisse pas seuls.
Feuilleter avec Dieu les pages de notre vie
Pour chacun de nous, il peut être intéressant de feuilleter avec Dieu les pages de notre vie, pour y lire sa puissance, sa fidélité. Ce livre de l’action de Dieu dans nos vies est un capital qui nous est donné. On peut y revenir aux jours difficiles pour y puiser force et courage. C’est cela que l’on appelle aussi la louange : repasser en son cœur et avec Dieu, ce qu’il a fait pour nous, et ce qu’on a fait ensemble.
Isabelle Maurel,
pasteur de l’UEEL détachée à l’aumônerie des armées
Isabelle Maurel,
pasteur de l’UEEL détachée à l’aumônerie des armées