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La parabole du Semeur

Parmi les textes bibliques archi-connus de notre série, en voici un qui mérite toute notre attention.




On peut se réjouir que la parole de Dieu soit diffusée, répandue, connue dans le monde par tous les moyens, radio, télé, journaux, livres… On peut même dire qu’elle n’a jamais été autant mise à la portée des hommes. Par ailleurs, on sait que cette parole est un feu qui peut embraser le monde, un soleil qui peut éclairer, une pluie qui fertilise la terre, une semence qui germe et porte des épis à profusion. Pourquoi donc avons-nous le sentiment d’une si pauvre récolte, non seulement dans le monde mais aussi dans l’Église ? C’est à cette question que répond Jésus par cette parabole du semeur.
 
À qui la faute ?
Nous n’osons pas mettre en question la qualité de la semence, mais nous pourrions mettre en accusation la façon de semer ou les qualifications des semeurs. Mais, Jésus lui-même a fait l’expérience du semeur incompris. Et c’est lui qui met en cause les terrains. Aucun semeur intelligent ne jette les trois quarts de sa semence ailleurs que dans la bonne terre bien préparée. Mais dans la parabole s’il est question d’un semeur « tous terrains » c’est bien pour montrer la générosité des semailles.
 
C’est carrément au diable que Jésus attribue la responsabilité de la perte d’une partie de la semence. Oiseau picoreur, il enlève la parole dès qu’elle tombe dans un cœur. Ceux-là sont tellement habitués à l’entendre qu’ils ne l’entendent plus ; elle n’a pour eux pas plus d’intérêt que le bulletin de la météo marine pour un auditeur auvergnat. C’est le piège de la routine. C’est la preuve du peu d’importance qu’ils y attachent. Que pourraient-ils encore apprendre de ce rabâchage ?
 
Ici, c’est différent, sur les cailloux, elle prend aussitôt. Quel beau sermon ! Quel livre formidable ! Ceux-là, tout les touche, les émeut parfois aux larmes. Ils vivent d’émotions passagères, d’enthousiasmes éphémères, ont sans cesse besoin de piqûres pour se maintenir en vie. Tout les touche, mais hélas ! Rien ne les change.
 
Par contre, voilà le terrain propice, tellement propice que les épines y ont déjà fait leurs racines. Là, la semence échappe aux oiseaux, fait des racines et réussit à pousser. Mais elle est en mauvaise compagnie. Les épines des raisonnements les plus raffinés s’opposent à elle. Là elle rencontre ceux qui pratiquent la moquerie, une prétendue sagesse, l’ironie, la dérision, un rationalisme commode. Et tandis qu’elle donne des signes de vie, ils n’y voient qu’une menace, devinent ce qu’elle pourrait changer en eux et lui disputent l’espace, l’air et le soleil. Et pour finir avec tous leurs arguments, ils ont raison d’elle ; ils l’étouffent.
 
Quand ça réussit
Heureusement, il reste la bonne terre ! Mais comment la définir sinon en y voyant exclusivement celles et ceux qui se sont reconnus dans les trois premières catégories ? C’est à dire, celles et ceux dont le cœur est encore sensible à la Parole, celles et ceux qu’elle touche, qu’elle interpelle, qui ne l’oublient pas, ne la discutent plus, ne l’adressent pas à leurs voisins : c’est Monsieur Chemin, Madame Pierres ou Mademoiselle Épines. Ils la reçoivent humblement, « oui, c’est moi qui oublie, c’est moi qui m’emballe vite et ne persévère pas, c’est moi qui ai le goût de la dispute plus que de l’obéissance. » Ceux-là la gardent respectueusement, et la mettent en pratique intelligemment.

Daniel Poujol,
pasteur retraité des EEL