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Apocalypse (5/6) : L’agneau change de visage

Si, comme nous l’avons vu, l’Apocalypse affectionne la figure de l’Agneau pour parler du Christ, elle a recours successivement à « quelqu’un qui ressemblait à un fils d’homme » (14:14), puis à un cavalier qui s’appelle « Fidèle et Véritable » (19:11). Quels sont donc les traits du Christ, ou les aspects de son agir, que ces personnages sont plus aptes à révéler ?
Semblable à un « fils d’homme »
Lors de la vision inaugurale (en 1:12-17), Jean était déjà tombé comme mort devant un être semblable à un fils d’homme, aux traits quasi-divins : celui-ci avait alors pris la parole pour le rassurer, se présentant comme ressuscité et surtout connaisseur plein d’amour des Églises. Ayant passé au peigne fin le vécu des croyants d’Asie, le Seigneur de l’alliance avait ensuite exprimé tantôt son approbation, tantôt sa censure, et toujours dans le but de soigner et renouveler la relation à son peuple (aux chapitres 2 et 3).
Pour le lecteur, c’est maintenant le moment, en 14:14, de se souvenir de ces choses. Cette fois-ci, la figure en question, assise sur une nuée et, de ce fait, encore teintée de divinité, se fait entourer et aider par des anges dans une opération à deux niveaux : la terre est d’abord moissonnée à la faucille tranchante – car « l’heure est venue » (14:15) –, puis sa vigne est vendangée : il s’agit de toute évidence d’un jugement. Mais les paroles des oracles, positives ou négatives, comme les événements des septénaires des sceaux et trompettes, nous autorisent à différencier l’acte salvateur positif (une moisson qui rassemble les sauvés) de l’image plus négative d’une vendange (qui trie les condamnés) effectuée par ses assistants.

Un cavalier
L’implication du Christ dans la vendange et l’écrasement des raisins, implicite en 14:19-20, est par la suite rendue explicite lors de l’apparition de l’autre figure, majestueuse, montée sur un cheval blanc (19:11), qui « va aussi écraser lui-même le raisin… » (19:15). A ce stade de l’histoire que raconte l’Apocalypse (et nous passons sur le contenu des chapitres 15 à 18), l’heure est à la pleine victoire du Christ – qui apparaît ici comme un combattant – sur tout ce qui se sera opposé à la vérité de Dieu. Par conséquent, et même si l’Agneau-Epoux n’est pas pour autant oublié (19:7,9), un personnage plutôt belliqueux et couronné de diadèmes, à la tête d’une armée céleste, sera mieux indiqué pour incarner la seigneurie triomphante !
Mais attention : la force de frappe de ce cavalier, comme du Seigneur de l’alliance nouvelle parlant auparavant aux Églises, est dans la puissance de l’épée aiguisée qui sort de sa bouche (19:15), c’est-à-dire dans la seule efficacité de sa parole – comme l’indiquent aussi ses qualités de témoin fidèle et véritable (19:11) ou son nom, nouveau à cet endroit, « Parole de Dieu » (19:13). Alors que dans sa grande dignité il y a quelque chose qui reste inconnaissable pour nous (19:12b) – car, dirait Paul, il est au-dessus de tout nom (Ph 2:9) – nous pouvons croire, et affirmer, que le Christ-Juge dit juste.
Et puisqu’il n’y a qu’un seul Christ, c’est toujours et avant tout, on ne le dira pas assez, un crucifié-ressuscité qui parle (comme en 1:5b ; cf. 5:6), dont le manteau est ici taché de sang dès avant la bataille (19.13a). Car vaincre, c’est mourir. Selon le témoignage apostolique unanime, la victoire du Messie – victoire juste, par laquelle le péché et la mort sont vaincus –, c’est sa mort à la croix. 

Par Gordon Campbell,
professeur de Nouveau Testament à la faculté de l’Eglise presbytérienne en Irlande (Belfast)