Fêtes juives : La fête de la Dédicace (Hanoukka)
Dans les derniers siècles avant Jésus-Christ, apparaissent dans la tradition juive trois nouvelles fêtes : le jour des expiations, qui a fait l'objet de l'article précédent, la fête de la Dédicaces qui sera examinée ci-dessous, et la fête des Pourim qui fera, le mois prochain, l'objet du dernier article de cette série.
Origine de la fête
Le terme "Dédicace" est la traduction du mot hébreu "Hanoukka", peu utilisée dans le Premier Testament, et qui sert à désigner la consécration ou l'inauguration de l'autel servant à offrir des sacrifices à Dieu (Nb 7.10ss ; 2 Ch 7.9). La Bible l’utilise aussi pour parler de l'inauguration des murailles de Jérusalem après leur reconstruction au temps de Néhémie (Né 12.27).
La fête de la Dédicace désigne donc une inauguration, mais laquelle ? Dans le calendrier des fêtes juives, "la Bible hébraïque ignore la célébration d'une fête de Dédicace. Celle-ci n'apparaît que dans la dernière période du Second Temple, au 2ème siècle avant l'ère chrétienne" [1] Il s'agit d'une fête qui célèbre la purification du Temple de Jérusalem en l'année 164 av. J.-C. L'événement rattaché à cette fête mérite un rappel historique.
Le sanctuaire purifié
Après la période de l'Exil, le temple de Jérusalem fut reconstruit sous le régime perse de Darius (520-515 av. J.-C.), les murs de la ville restaurés plus tard grâce à Néhémie (445) et la vie religieuse réanimée sous l'impulsion d'Esdras. Au siècle suivant advint l'empire Grec d'Alexandre le Grand, vainqueur des Perses. Relativement épargnées par la dynastie des Ptolémées (Grecs d'Egypte), les valeurs et les traditions juives furent malmenées par les Séleucides, dont Antiochus IV Epiphane (175-164), fanatique partisan de l'hellénisme [2] . "Tout compromis parut dès lors impossible entre les défenseurs de l'hellénisme et les observateurs fidèles de la Loi mosaïque… Les tenants du courant orthodoxe se rebellèrent contre l'autorité royale… Des pratiques considérées comme païennes et même sacrilèges furent adoptées par le pouvoir séleucide... La grande persécution commençait. [3] Nous sommes en 167 av. J.-C. Les Maccabées, famille juive, prennent les armes, sont rejoints par des fidèles, remportent des victoires, et reprennent la direction de Jérusalem en 164 : ils détruisent l'autel idolâtre, le remplacent par un édifice destiné au culte du Seigneur. [4]
Institution de la fête
Voici ce qu'on peut lire dans le 1er livre des Maccabées : "Le 25 du 9ème mois, nommé kislev, en l'an 148 [5] , ils se levèrent de bon matin et ils offrirent, conformément à la Loi, un sacrifice sur le nouvel autel des holocaustes qu'ils avaient édifié" (1M 4.52s). Et dans le second : "Ce fut le jour même où le Temple avait été profané par des étrangers que tomba aussi le jour de la purification du Temple, le 25 du même mois, qui est kislev" (2M 10.5). Le même jour, Judas Maccabée instaure le mémorial annuel de cet événement : ainsi est née la fête de Hanoukka, la Dédicace (1M 4.36-59 ; 2M 10.1-18). "Par l'institution de Hanoukka, Judas innovait, mais en même temps il s'inspirait des rites observés lors de la fête des Tentes… L'une et l'autre sont associées au thème de la consécration de l'autel ou du sanctuaire." [6]
Pierre-André Schaechtelin, pasteur
PLV Mai 2002
[1] Robert MARTIN-ACHARD, Dieu de toutes les fidélités, Ed. du Moulin, p.85
[2] Ce terme désigne la civilisation grecque
[3] Ibid, p.87-88
[4] Ces informations nous sont connues principalement par Les livres des Maccabées, qui n'ont pas trouvé place dans le canon des Ecritures juives, et qui figurent dans la liste des livres deutérocanoniques.
[5] Selon le calendrier séleucide
[6] Robert MARTIN-ACHARD, Dieu de toutes les fidélités, Ed. du Moulin, p.90