Le Christ-Agneau entre en scène
Nous continuons notre série sur le dernier livre de la Bible avec le regard d’un spécialiste, auteur de L’Apocalypse de Jean – Une lecture thématique (Excelsis, 2007).L’objet comme le sujet de la révélation, nous l’avons dit au cours de la première étude, c’est Jésus-Christ. D’emblée le Christ de l’Apocalypse est le Témoin (1:1-2) qui, dans les sept oracles que chacun connaît (2:1-3:22), parle à son Église pour la rendre capable à son tour de témoigner de Dieu son Père. Pourtant, par la suite, le Christ de l’Apocalypse se présentera surtout au lecteur – 28 fois, pour être exact – comme un Agneau immolé-mais-debout, vainqueur de la mort.
Ce personnage-clé, qui figure le Crucifié-Ressuscité, nous prend de court lors de son apparition en 5:6, puisque nous attendions plutôt un Lion (5:5). Pour mieux connaître cet Agneau, il faudra le suivre de près à travers toutes les scènes auxquelles il participera, à commencer par celle de l’ouverture des sept sceaux (6:1 à 8:1). Nous aurons à prendre en compte, également, ses absences qui intriguent (comme entre 8:2 et 13:18) et ses réapparitions (par exemple en 14:1, entouré des siens sur le Mont Sion).
Un trône partagé
Pour bien saisir le rôle dévolu à l’Agneau dans l’Apocalypse, ou savoir interpréter les divers traits que le récit lui attribue, l’essentiel est de le situer par rapport au trône qu’il occupe. En 3:21, on découvre sous forme de promesse le partage d’un trône : « J’y siège », dit le Christ à son Église implicitement, « avec mon Père – et toi, tu y régneras toi-même un jour ». Cependant, celui qui est intronisé dans la Bible, c’est en tout premier lieu Dieu : le chapitre 4 nous fait découvrir un Dieu Créateur qui trône sur la création entière et reçoit d’elle, en retour, une adoration universelle. Trois fois saint – signal qu’il s’agit du Seigneur, Dieu d’Israël (4:8) – ce « Siégeant » (4:2b etc.) tant adoré est, en un mot, « digne » (4:11).
Mais « digne » lui aussi est justement l’Agneau (5:9,12), qui siège à ses côtés : le prosternement de 5:8 le confirme. Comment expliquer cette haute dignité du Christ ? Il est digne, fondamentalement, pour avoir racheté un peuple universel pour Dieu par sa mort (5:9b-10) ; ce service le rend parfaitement digne des louanges qu’on lui adresse, comme au « Siégeant » (5:12-13) ; mais l’Agneau est digne avant tout « de recevoir le livre et d’en briser les sceaux » (5:9a). Pourquoi ? Parce que ce livre (5:1), dont il serait tragique qu’il ne soit pas lu (5:3-4), contient rien de moins que la volonté divine pour l’humanité et qu’en le prenant, l’Agneau le révèle ou, mieux, le met en branle.
L’Agneau
L’acteur principal c’est donc, dès la croix et le tombeau vide, l’Agneau à qui Dieu, par le don du livre, a donné tout pouvoir exécutif. La brisure des sceaux, dès 6:1, démontre ce que plus tard un hymne célébrera, à savoir que « son Messie a pris l’autorité en mains » (12:10). Dans la suite de l’action, partant du trône, tout va maintenant vers la préparation d’une belle épouse-ville pour l’Agneau (19:7b-8 ; 21:2 et suite), c’est-à-dire d’un peuple fidèle que, sous l’alliance nouvelle, Dieu et l’Agneau connaîtront en face-à-face (21:22-22:5).
On voit pourquoi l’Agneau est le leitmotiv du chant nouveau des fidèles (5:9 ; 14:3-4) : en attribuant à Jésus, mort et ressuscité pour nos péchés, l’honneur et la gloire dus parallèlement à son Père (5:13), le culte chrétien célèbre l’accomplissement, en et par Jésus, du projet divin qui a toujours été de vivre avec les hommes (21:3-4).
Par Gordon Campbell,
professeur de Nouveau Testament à la faculté de l’Eglise presbytérienne en Irlande (Belfast)