Le Christ parle à son Eglise (Apocalypse 2.1 - 3.22)
Une autre manière d’aborder la série des lettres aux Eglises.En Ap 2.1-3.22, se trouvent sept messages qu’on appelle couramment des « lettres », mais c’est plutôt l’Apocalypse en entier (et non pas chacun des sept messages des chapitres. 2 et 3) qu’il convient de désigner ainsi. A regarder leur forme, contenu et fonction, nos sept messages sont des oracles, comparables à ceux des livres des prophètes écrivains ; via la bouche et la plume de son porte-parole humain, c’est le Seigneur qui s’exprime.
Un ensemble indivisible
Les lectures bibliques et les prédications traitent souvent de ces sept messages un par un – pourquoi pas, dirait-on, puisque le Christ parle à chacune des sept Églises à son tour (2.1, etc.). Seulement, à Éphèse ou à Laodicée et dans les autres Églises destinataires, on entendait d’un trait lors d’une lecture à haute voix ce septénaire d’oracles, voire toute l’Apocalypse : le texte précise d’emblée que les sept Églises de la province d’Asie (1.4,11) sont toutes destinataires de « cette révélation » ou de « cette prophétie » unique (1.1,3).
En réalité, ces oracles forment un ensemble indivisible : lorsque le Christ adresse la parole à une Église, il l’adresse à toute l’Église. Ce qui est souligné chaque fois (2.7, etc.) c’est que l’Esprit s’adresse à chacune (« ce que l’Esprit dit aux Églises »). Toutes les Églises ont une même leçon à apprendre, concernant la profonde connaissance qu’a le Christ du cœur humain (c’est moi qui sonde les reins et les cœurs – 2.23). D’ailleurs, le fait que cette information cruciale, destinée à tous les croyants d’Asie soit donnée dans la lettre centrale (adressée à Thyatire) ne doit pas être le fruit du hasard.
Indissociables les uns des autres, ces sept oracles doivent donc être lus comme un tout. Leur forme quasi-identique, confirme cette interprétation : dès le premier des sept, destiné à l’Église localisée à Éphèse, il se déploie une structure qui servira sept fois. Pour commencer, le Christ ressuscité se présente, à l’aide de tel trait tiré de la vision du chapitre 1 ; puis chaque communauté est passée à la loupe de son amour exigeant avec, pour résultat, un bilan de santé spirituelle tantôt positif, tantôt négatif ou mitigé qui est dressé. Si besoin, le chemin d’une fidélité renouvelée est indiqué ensuite. Enfin, avec une exhortation invariable à bien écouter l’Esprit, vient une promesse solennelle faite « au (futur) vainqueur » (2.7 etc.).
Une structure symétrique
Même la variabilité des bilans, allant de l’approbation à la censure, est conditionnée par la structure symétrique de l’ensemble des oracles : les pires Églises se trouvent être la première et la dernière (aux places 1 et 7), l’une menacée de suppression pour trahison (2.4-5) et l’autre écœurante de tiédeur (3.15-16). Les Églises figurant aux messages 2 et 6 s’avèrent, par contraste, les plus fidèles ; le cas des Églises 3 et 5, au contraire, paraît plutôt mitigé de part et d’autre ; enfin, au beau milieu (car quatrième des sept) vient un oracle destiné à la moins célèbre des Églises, Thyatire, oracle le plus élaboré de tous – ceci pour souligner plus qu’ailleurs l’enjeu qui est commun aux sept, à savoir, la persévérance dans la fidélité (2.19, 26).
Que l’Église, pour laquelle le Christ s’est donné, soit le témoin fidèle de son amour : voilà, selon ces oracles, ce qui est encore attendu de l’Église que nous formons.
Par Gordon Campbell,
professeur de Nouveau Testament à la faculté de l’Eglise presbytérienne en Irlande, à Belfast