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Accueil Etudes Fêtes juives : La fête du Yom kippour

La fête du Yom kippour (Jour du Pardon ou Jour des Expiations) a pris une telle importance dans le calendrier religieux Juif qu'elle a été appelée par la suite simplement " le Jour ".

Lv 23.26-32 et Nb 29.7-11 précisent qu'elle est célébrée le 10 Tishri (septembre-octobre). Mais le texte qui décrit le plus en détail les rites attachés à la fête du Yom kippour se trouve en Lv 16.
Le texte biblique rattache l'institution de la fête à la mort des fils d'Aaron qui avaient pénétré dans le sanctuaire (Lv 10.1-2), mais l'origine de la fête n'est pas certaine. Les récits bibliques ne mentionnent jamais explicitement la célébration de la fête de Yom kippour. Certains y ont vu le signe d'une institution tardive, après le retour de l'Exil (on aurait pu s'attendre à une mention de la fête lors d'événements importants comme ceux d'Esd 3.1-6 ou Né 8 qui avaient lieu au mois de Tishri). Mais la célébration de la Pâque elle-même n'est mentionnée que quatre fois dans tout l'AT. Et surtout, le rituel du Yom kippour était étroitement lié à l'arche de l'alliance qui n'était plus présente dans le temple reconstruit après l'Exil. Cela explique peut-être ce silence.
Yom kippour est un jour chômé, marqué par la repentance et le jeûne (Lv 16.29-31). C'était le seul jour de l'année où l'on entrait dans le Saint des Saints, là où se trouvait l'arche de l'alliance. Le grand prêtre quittait ses vêtements sacerdotaux pour revêtir des vêtements de lin (Lv 16.4), sans doute symboles de pureté. Il devait, pour se purifier, se laver et sacrifier un taureau pour ses péchés et ceux des sacrificateurs (Lv 16.6). Après avoir brûlé de l'encens pour couvrir de fumée le propitiatoire - couvercle de l'arche de l'alliance (Lv 16.13), il aspergeait ce dernier du sang du taureau (Lv 16.14). Deux boucs étaient fournis par le peuple et le grand prêtre tirait au sort celui qui serait destiné à être sacrifié pour les péchés du peuple (Lv 16.8). Son sang était répandu sur le propitiatoire comme l'était celui du taureau (Lv 16.15). Le grand prêtre purifiait aussi de la même façon le lieu saint et l'autel des holocaustes (Lv 16.16).
Le second bouc était " pour Azazel ". Le grand prêtre posait ses mains sur l'animal et confessait les péchés du peuple. Ensuite, le bouc était envoyé dans le désert, symboliquement porteur des péchés du peuple (Lv 16.20-22).
La signification du nom " Azazel " est assez obscure. Le nom de " bouc émissaire " vient de la Septante (version grec de l'AT) et de la Vulgate (version latine ancienne) qui traduisent par cette expression le mot " Azazel ". Mais le texte biblique ne dit pas que le bouc " est Azazel " mais qu'il est " pour Azazel ". Pour certains, Azazel désignerait le lieu où était mené le bouc ; dans le désert ou jeté d'un précipice. Il pourrait aussi s'agir d'un nom commun venant d'une racine sémitique signifiant " éloigner ". Mais le parallèle entre " un bouc pour Yahvé " et " un bouc pour Azazel " (Lv 16.8) semble impliquer plutôt un nom propre. Il pourrait alors désigner un esprit maléfique du désert. Le livre d'Hénoch (apocryphe Juif) fait d'ailleurs d'Azazel le prince des démons. Il pourrait donc y avoir à l'origine ce rite une coutume ancienne, reprise et investie d'un sens nouveau. L'intégration d'un esprit maléfique dans un rituel biblique peut surprendre, mais Roland De Vaux souligne que l'efficacité du rite est attribué à Yahvé et que " le bouc n'est pas sacrifié à Azazel et qu'il n'est pas davantage sacrifié à Yahvé, parce que, chargé des péchés du peuple, il est devenu impur et ne peut pas servir de victime sacrificielle. " (Roland DE VAUX, Les Institutions de l'Ancien Testament II, Ed. du Cerf, p.418.)
Ce qu'il faut retenir, quelle que soit l'interprétation retenue pour Azazel, c'est que les fautes du peuple sont " transférées " sur le bouc qui est chassé loin du peuple. Ainsi le peuple est délivré du poids de ses péchés, une idée qui n'est pas absente de la pensée biblique : " Autant l'orient est éloigné de l'occident, autant il éloigne de nous nos offenses. " (Ps 103.12).
Dans le NT, l'épître aux Hébreux souligne combien la fête du Yom kippour, et notamment l'entrée du grand prêtre dans le Saint des Saints, préfigure l'œuvre expiatoire de Jésus-Christ (Hb 9-10). Comme, une fois par an, le grand prêtre lui seul entrait dans le lieu très saint pour offrir des sacrifices pour lui-même et pour tout le peuple, Jésus-Christ est entré une fois dans le sanctuaire par sa mort, offrant une fois pour toutes son propre sang, non pas pour lui-même mais pour tous. " Il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, non avec le sang des boucs et des veaux, mais avec son propre sang. " (Hb 9.12)

Vincent Miéville
PLV Avril 2002