Lévitique (4/5) : Sainteté – Lévitique 16-27
En abordant cette section du livre qui s’attarde sur les domaines cultuel, civil et moral, Emile Nicole nous donne quelques clés pour une application plus juste et plus pertinente…Cette dernière portion du livre apparaît moins homogène et ordonnée que les précédentes. L’exposé de lois cultuelles se poursuit avec le rituel du yom kippour, décontamination annuelle du sanctuaire (chap. 16), les règles de pureté spécifiques aux prêtres (chap. 21), le calendrier des fêtes (chap. 23), la loi du jubilé (chap. 25) et bien d’autres prescriptions du même ordre. Mais parmi ces dispositions relatives au culte, se trouvent intercalées des lois qui touchent plutôt à la vie civile, comme la prohibition de certaines relations sexuelles (chap. 18 et chap. 20) et des préceptes de morale, principalement réunis dans le chap. 19 où figure le célèbre commandement cité par Jésus comme le second commandement de la loi, égal au premier : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (19.18).
Une imbrication caractéristique de l’ancienne alliance
Ce qui peut apparaître au lecteur comme un manque d’ordre, une déroutante confusion des domaines, révèle en fait l’étroite relation entre les différents aspects de l’existence et leur imbrication caractéristique dans l’ancienne alliance. La loi du jubilé en offre un bel exemple. Temps sacré (25.12) fondé sur le principe du sabbat élevé au carré (sept fois sept années), le jubilé marque par ses aspects économiques et sociaux : libération des personnes, retour des biens fonciers à leurs propriétaires antérieurs. L’exposé du dispositif juridique est renforcé par de fréquents appels à la conscience morale : « Aucun de vous n’exploitera son compatriote » (25.17), « Tu ne domineras pas sur lui avec rudesse » (25.43), etc.
Cette reprise des trois domaines, cultuel, civil et moral, est caractéristique de cette section finale de l’ensemble des lois du Sinaï (d’Exode 20 à Lévitique 25). Elle s’accompagne de la mention répétée de la sainteté de Dieu à laquelle le croyant est exhorté à se conformer : « Soyez saints car je suis saint, moi le Seigneur votre Dieu. » (19.2).
Aujourd’hui
Dans la nouvelle alliance, l’accomplissement et le dépassement des rites anciens dans l’œuvre parfaite et définitive du Christ, ainsi que le changement de configuration du peuple de Dieu – qui n’est plus une nation constituée mais une communauté de croyants issus de toutes les nations et toujours distincte de ces nations – nous engagent à bien différencier les trois domaines. Dégagés de l’observation du rituel ancien, nous recevons les préceptes moraux comme l’expression de la volonté toujours actuelle de notre Dieu. Quant aux lois civiles, nous pouvons les comprendre comme une application à des conditions socio-économiques révolues et non reproductibles.
Dans la nouvelle alliance, l’accomplissement et le dépassement des rites anciens dans l’œuvre parfaite et définitive du Christ, ainsi que le changement de configuration du peuple de Dieu – qui n’est plus une nation constituée mais une communauté de croyants issus de toutes les nations et toujours distincte de ces nations – nous engagent à bien différencier les trois domaines. Dégagés de l’observation du rituel ancien, nous recevons les préceptes moraux comme l’expression de la volonté toujours actuelle de notre Dieu. Quant aux lois civiles, nous pouvons les comprendre comme une application à des conditions socio-économiques révolues et non reproductibles.
Dieu reste bien pour nous Seigneur de toute notre vie, cultuelle, civile ou morale. Mais cette seigneurie, nous sommes invités à la décliner en observant les distinctions propres à la nouvelle alliance et en donnant la priorité à l’axe majeur de notre mission : faire connaître la bonne nouvelle du salut en Jésus-Christ.
Au chapitre 26, la disproportion entre bénédictions (11 versets) et malédictions (31 versets) est caractéristique de tous les documents contractuels de l’époque. L’être humain est ainsi fait (ou plutôt devenu) qu’il est plus sensible aux risques encourus en cas d’infraction qu’aux avantages de l’obéissance. La disproportion a aussi une portée prophétique évidente : l’histoire du peuple élu sera bien plus marquée par la malédiction que par la bénédiction. Mais au-delà des malheurs subis, la grâce de Dieu ménage une issue (v. 44-45).
Par Emile Nicole,
pasteur détaché des EEL, professeur d’Ancien Testament à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine (Yvelines)