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La notion d’impureté (Lévitique 3/5)

Dans notre survol du Lévitique, les chapitres 11 à 15 introduisent une notion de pureté surprenante, mais propre à préparer celle à laquelle le Christ appellera…

Le second groupe de prescriptions trace les limites de la pureté rituelle dans trois domaines de la vie courante. Dans l’alimentation, la liste des animaux impropres à la consommation est dressée (chap. 11). Dans la santé, les éléments d’un diagnostic des infections cutanées qui rendent impur sont posés, ainsi que les règles d’isolement du malade et le rite de réintégration après guérison (chap. 13-14). Dans la sexualité, sont évoqués les écoulements naturels ou pathologiques qui rendent la personne impure (chap. 15) ; on peut rattacher à ce même domaine le rituel de purification qui doit suivre l’accouchement (chap. 12).

Impureté, hygiène, séparation
De toutes les prescriptions de l’Ancien Testament, ces règles de pureté sont probablement celles que le lecteur moderne a le plus de peine à comprendre et à admettre. Les ramener à de simples questions d’hygiène alimentaire ou corporelle est insuffisant, même si l’effet bénéfique de l’une ou l’autre d’entre elles peut être démontré, et malgré une certaine connivence avec notre préoccupation pour une alimentation saine. Jésus nous prévient : plutôt que de nous inquiéter de ce qui entre par notre bouche (aliments), mieux vaut prendre garde à ce qui en sort (paroles) ; ce sont elles qui causent la pollution la plus préoccupante (Matthieu 15.11-20). Plus tard, la vision divine offre avec insistance à l’apôtre Pierre un assortiment d’aliments interdits qui l’incitera à se rendre sans scrupules chez le païen Corneille, ce qu’aucun juif soucieux des règles de pureté n’aurait osé faire (Actes 10.9-20).
L’effet le plus évident de ces prescriptions est d’isoler ceux qui les respectent. Cela convenait au peuple de l’ancienne alliance que Dieu maintenait ainsi séparé des païens, mais n’a plus sa raison d’être aujourd’hui où Dieu veut que l’Évangile soit annoncé aux gens de toutes les nations pour constituer un peuple de toutes origines uni par la seule foi au Messie Jésus.

Impureté et péché
L’exigence de pureté rituelle implique l’effort pour se préserver de ce qui est réputé impur ou le respect des délais et des rites prescrits pour se purifier de l’impureté contractée de manière inévitable ou accidentelle. Parmi ces rites, souvent fort simples (se laver, respecter un délai), ceux qui comportent un sacrifice pour le péché ont de quoi surprendre le lecteur. Pourquoi un lépreux guéri (Lv 14.12,19) ou une femme ayant accouché (Lv 12.6) devraient-ils présenter un sacrifice dû par celui qui s’est rendu coupable d’une faute, sacrifice dont le nom même est péché ou faute (voir article précédent paru en mai) ? Seraient-ils, du fait même de leur maladie ou de leur grossesse, réputés coupables d’une faute devant être expiée ?
Contrairement à la personne coupable d’une faute précise, le rituel ne prévoit pour la purification ni confession ni déclaration de pardon. Le lien entre impureté et faute est donc plus symbolique que réel. Il rappelle de manière insistante à l’être humain son état général de pécheur et son besoin du pardon divin. Le chrétien est affranchi de ces règles rudimentaires qui maintenaient les croyants de l’ancienne alliance dans une condition de minorité spirituelle. Qu’il concentre son attention et ses efforts sur la pureté morale qui convient à des enfants de Dieu (Philippiens 2.15).

Par Emile Nicole,
professeur d’Ancien Testament à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-Sur-Seine (Yvelines)