Entrons dans le Lévitique
Certains préjugés ont la vie dure. Cette nouvelle série d’études bibliques relève le défi : nous conduire vers des richesses insoupçonnées...Faire lire le Lévitique d’un trait ? Pour être franc, je n’en espère pas tant, et ne le pense pas si utile après tout. Fixons-nous plutôt un but qui ressemble moins à ce petit défi et sera plus profitable : comprendre la place de ce livre dans notre Bible, ne plus le considérer comme le symbole de l’ouvrage étrange et fastidieux, en connaître assez pour oser s’y aventurer sans craindre de s’y perdre ou d’y mourir d’ennui. Le Lévitique ressemble à ces personnes qu’on n’a guère envie de fréquenter simplement parce qu’on les connaît mal ou qu’un premier contact nous a déçus. Il suffirait peut-être de les connaître d’un peu plus près pour rompre cette barrière d’indifférence ou d’incompréhension. C’est l’objectif du petit effort de présentation que l’on se propose de poursuivre pendant quelques mois.
Pas que pour les prêtres
Première cause de malentendu : le titre. Le nom de Lévitique, hérité de la tradition grecque, laisse prévoir des instructions destinées au seul personnel du culte. L’impression paraît confirmée par les premiers chapitres qui présentent plusieurs rites dans lesquels les prêtres tiennent un rôle essentiel, notamment les sacrifices. Mais le livre ne se limite pas à des règles cultuelles, et les destinataires désignés des instructions que doit transmettre Moïse sont le plus souvent les Israélites dans leur ensemble, même pour les sacrifices ou les règles de pureté. À peine un quart des directives est explicitement destiné aux prêtres. Ainsi le livre est bien moins « lévitique » qu’on ne pense.
Autre cause de méprise : le Lévitique, en fait, n’est pas un livre. Il n’est que la troisième section du Pentateuque, présentant la suite et la conclusion des lois données par Dieu au Sinaï. Les deux notices conclusives des chapitres 26 et 27, « Tels sont les commandements que le Seigneur donna à Moïse pour les fils d’Israël sur la montagne du Sinaï » (27.34), marquent la fin d’un ensemble plus vaste commencé au chapitre 20 du livre de l’Exode. C’est adossé à cet ensemble que le Lévitique fait sens.
Trois principaux groupes de lois le précèdent.
1) Le décalogue, qui pose les règles fondamentales (Ex 20.1-17).
2) Le code de l’alliance (Ex 20.22-23.33), constitué essentiellement de lois civiles.
3) Les instructions pour la confection du sanctuaire et de son mobilier (Ex 25.1-31.18).
L’ordre de ces trois premiers groupes de lois délivre un message. Dieu prescrit d’abord le respect de sa personne et du prochain ; il tient ensuite à une vie sociale ordonnée et juste ; c’est en troisième lieu qu’apparaît le culte avec son mobilier.
Une fois le sanctuaire achevé (Ex 40), Dieu poursuit dans le Lévitique la communication des lois cultuelles, notamment les sacrifices (chapitres 1 à 7) et les règles d’impureté rituelle (chapitres 11 à 15). Mais l’ensemble des lois données au Sinaï s’achève par des séries de prescriptions appartenant aux trois domaines (moral, civil, cultuel), soulignant ainsi leur imbrication sous l’autorité du Seigneur. Elles occupent les chapitres 18 à 25 du Lévitique, avant les bénédictions et, surtout, les malédictions (long chapitre 26) qui, dans le Proche-Orient ancien, forment la conclusion obligée de tout document ayant force de loi. À suivre…
Par Emile Nicole,
professeur d’Ancien Testament à la Faculté libre
de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine (Yvelines)