La sagesse, la vraie !
Avec cette nouvelle section, on passe d’une sagesse humaine, négative, à une sagesse qui n’est pas de ce monde.
Le thème de la sagesse, on l’aura compris, est cher aux Corinthiens. Aussi Paul en parle-t-il longuement. Mais la sagesse qu’il évoque n’est pas nécessairement celle qui plaît à ses lecteurs. Faut-il voir de l’ironie dans les propos de l’apôtre ? Peut-être, car il prétend s’adresser à des gens « accomplis », « parfaits », à des adultes, alors qu’un peu plus loin (3.1), il traitera les Corinthiens de « tout-petits dans le Christ ».
On reprochait à Paul de ne pas avoir enseigné la sagesse éloquente à laquelle aspiraient les Corinthiens ; il répond que c’est bien une sagesse qu’il enseigne, mais qu’elle convient à des gens « mûrs »… Ceci dit, il n’est pas rare que les auteurs bibliques se placent sur le terrain de leurs adversaires pour débattre. « Vous voulez vraiment parler de sagesse ? Alors parlons-en ! » Pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, Paul indique que la sagesse qu’il enseigne n’est pas de ce monde. Si elle n’est pas de ce monde, c’est qu’elle est du monde à venir. Or ce monde à venir, dans un sens, est déjà là : il a commencé à la croix.
Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que la sagesse de Dieu n’est pas naturellement accessible aux humains ; elle est réservée à ceux qui aiment Dieu – non pas à ceux qui ont le discernement, la connaissance ou je ne sais quoi d’autre – dans la mesure où il la leur révèle. Ce qui nous rappelle que la catégorie n°1 de notre rapport à Dieu, c’est l’amour.
Au verset 10, l’Esprit de Dieu entre en scène. C’est par l’Esprit que Dieu va révéler sa sagesse. De même que je suis le seul à être capable de connaître mes propres pensées, seul l’Esprit de Dieu connaît les pensées de Dieu. Si donc nous pouvons parler de Dieu, ce n’est pas sur la base de nos connaissances rhétoriques ou autres, mais sur la base de la formation spirituelle que donne l’Esprit.
L’homme spirituel incompris de l’homme naturel
Pour préciser encore les choses, il faut introduire deux catégories opposées : l’homme naturel et l’homme spirituel (v.14). L’homme naturel, c’est l’homme livré à lui-même, l’homme dont l’existence est déterminée par le monde présent. Il ne peut pas recevoir ce qui vient de l’Esprit de Dieu, en l’occurrence la prédication de la croix, car il n’y voit que folie. Le décalage vient donc de ce que l’homme naturel appartient à ce monde alors que le message de Dieu relève du monde à venir.
L’homme spirituel, en revanche, peut comprendre les choses spirituelles ; le paradoxe, c’est que lui, personne ne peut le « comprendre ». Cela s’explique par le lien qu’il y a entre le message et celui qui a reçu le message ; de même que le monde ne pouvait comprendre le message, le monde ne peut comprendre ceux qui ont reçu ce message. Lorsqu’on accepte la croix, on se retrouve mis par le monde sur le même plan que la croix : on est classé dans la catégorie de la folie. L’homme spirituel, c’est donc l’homme dont l’existence est déterminée par le monde à venir, c’est-à-dire qui est animé par l’Esprit – l’Esprit étant l’irruption du monde à venir dans le présent.
Par Christophe Paya,
pasteur des EEL, professeur à la Faculté libre
de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine (Yvelines)
pasteur des EEL, professeur à la Faculté libre
de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine (Yvelines)