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Prêcher le Christ crucifié

Dans notre siècle où tout semble devoir passer par la communication, un rappel salutaire pour nos Eglises : ne jamais oublier le fond du message.

Dans son débat avec la sagesse du monde et sa rhétorique de haut vol, l’apôtre Paul ne manque pas d’éloquence ! Tout en prenant ses distances par rapport au monde des professionnels de la communication, il fait usage d’un langage qui communique de manière saisissante l’importance du contenu du message. « J’ai jugé bon, parmi vous, de ne rien savoir d’autre que Jésus-Christ – Jésus-Christ crucifié » (2.2).
Peut-être faut-il en déduire que si Paul critique les spécialistes de la communication, c’est moins sur la forme que sur le fond. Le risque serait, en effet, que la forme devienne le fond, au point qu’on se contente de dire aux gens ce qu’ils ont envie d’entendre. Lorsqu’il n’y a plus de fond, tout est dans la forme. Le “non” de Paul s’accompagne d’une très brève description du contenu de l’Évangile : Jésus-Christ crucifié. C’est de ce matériau-là que se construit l’Église ; c’est ce message-là qui édifie les croyants et qui touche les cœurs.

Le dépouillement de la croix
Ceci dit, on peut être surpris de ce contenu. Pourquoi cette insistance sur la crucifixion ? Qu’en est-il, par exemple, de la résurrection ? Il est bien possible que Paul associe les deux événements – crucifixion et résurrection – sous le titre unique de “crucifixion”. Toutefois, l’idée essentielle est ici de nous rappeler que le Christ ressuscité et glorieux est aussi le Jésus de la croix, c’est-à-dire le Jésus qui a connu la faiblesse, faiblesse qui était celle de l’apôtre Paul lorsqu’il est arrivé à Corinthe (2.3).
Le rapport avec le prestige de l’éloquence du verset 2 ? Sur la croix, il n’y a pas d’artifice, pas de faux semblant ; avec le dépouillement de la croix, on est à mille lieues des jeux de rhétorique et de communication. Lorsqu’il est arrivé à Corinthe, l’apôtre Paul était en position de faiblesse ; il a voulu se concentrer sur l’essentiel, c’est-à-dire sur Jésus-Christ, et sa situation personnelle (de faiblesse, de tremblement) était tellement en phase avec la croix, qu’il pouvait dire : je n’ai rien voulu savoir d’autre que Jésus-Christ crucifié. Certains ont vu dans cette faiblesse et ces tremblements de l’apôtre les souffrances de la maladie, d’autres les conséquences de la persécution. Mais on peut aussi tout simplement penser aux tremblements de celui ou celle qui a conscience de sa responsabilité devant Dieu et devant les autres, qui sait que toutes les techniques et compétences acquises ne suffiront pas à le rendre “capable”. Du coup, l’Esprit et la puissance de Dieu ont le champ libre… Parce qu’il faut ajouter un petit post-scriptum : à « seulement Jésus-Christ crucifié », l’apôtre ajoute : « plus la démonstration de l’Esprit et la puissance ». Étant donné les faiblesses et les limites du prédicateur, il était évident que les effets du message ne pouvaient venir de lui, ni de sa force de persuasion, ni de sa puissance de communication. De qui d’autre seraient-ils alors venus que de la puissance de l’Esprit, qui agit lorsque l’Évangile est prêché ?

Par Christophe Paya,
pasteur des EEL, professeur à la Faculté libre
de théologie évangélique de Vaux-Sur-Seine (Yvelines)