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L'appel de Dieu

Les études sociologiques récentes ont rappelé ce qu’une lecture attentive du texte permet de déceler déjà dans l’église de Corinthe : lorsque Paul dit qu’« il n’y a pas parmi vous beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles », cela ne veut pas dire qu’il n’y en avait pas du tout. D’un point de vue social, l’Église de Corinthe était un groupe hétérogène.

Une particularité de l’Eglise
Dans le monde gréco-romain antique, les « associations » étaient plutôt homogènes sur le plan social. Mais dans l’Église de Corinthe, il y avait des esclaves, des affranchis, des artisans, des commerçants, des nouveaux riches, et quelques personnes d’un certain statut social. Cette diversité reste encore une particularité de l’Église, malgré les tendances et les incitations à l’homogénéité. En même temps, cependant, elle était aussi source de fragilité : elle était peut-être, au moins en partie, à l’origine des tensions que connaissait l’Église. La composition de l’Église n’est pas une question anodine : celle de la Corinthe d’alors, comme nos Églises d’aujourd’hui, était construite sur le modèle du projet de salut de Dieu. Or ce projet de salut, les versets qui précèdent l’ont montré, procède d’un renversement de la logique et de la sagesse humaines. « Dieu a choisi ce qui est fou… ce qui est faible… ce qui est vil… ce qu’on méprise… ce qui n’est pas… »

A partir de rien
Dieu a choisi ce qui est rien. Voilà une déclaration qui devrait nous mettre la puce à l’oreille. Parce que nous savons que lorsque Dieu parle, il peut, à partir de rien ou de pas grand-chose, appeler à l’existence quelque chose de bon. C’est ce qu’il fait au jour de la création, à partir du chaos et du vide(Gn 1) ; c’est ce qu’il fait à partir d’un seul homme, Abraham, qui devient un peuple (Gn 12). La nouvelle création que Dieu est en train de forger, comme la première, part de rien ou presque rien. Dieu prend ce qui n’est rien aux yeux du monde et il crée. Comme il l’avait fait par le passé. L’Église est créée à partir de quasiment rien, appelée à l’existence par une parole divine, par l’appel de Dieu.

Une force d’interpellation
À partir de rien, Dieu va faire honte aux sages (v.27). La communauté chrétienne telle que Dieu l’a appelée porte en elle-même, par la grâce de Dieu, le « pouvoir » de faire réagir le monde (« faire honte aux sages », « faire honte aux forts », « réduire à rien ce qui est »). L’Église, parce qu’elle est construite selon la logique de Dieu, peut amener le monde à se remettre en question, « Dieu a choisi ce qui est fou… ce qui est faible… ce qui est vil… ce qu’on méprise… ce qui n’est pas… » à s’interroger, à réagir au message de l’Évangile. Ceci dit (v.29), elle n’a pas à s’en glorifier puisque tout vient de Dieu et que c’est Jésus-Christ – et non l’Église – qui est la sagesse de Dieu (v.30-31). Cette sagesse, que le monde cherche, c’est bien le Christ lui-même, le Christ crucifié, dont la croix renverse la sagesse humaine. Cette sagesse surprenante, elle est, pour ceux qui l’accueillent, consécration à Dieu, salut et justice.

Christophe Paya