Folie ou sagesse ? (1 Corinthiens 1.18-25)
Notre série sur le début de la première épître aux Corinthiens se poursuit. Ici Dieu veut nous faire comprendre que son projet défie le sens commun.A une Église qui connaît des tensions, l’apôtre Paul parle du Christ crucifié. Lorsque le croyant médite sur la crucifixion du Christ, il pourrait bien arriver que d’autres questions se trouvent poussées à la périphérie de ses pensées, voire qu’elles en soient expulsées.
Quelle est cette « sagesse des sages » que Dieu anéantit par la « folie » de la parole de la croix ? Des sagesses, il y en a de toutes sortes. Certaines sont mystérieuses ; d’autres sont frappantes de simplicité ; d’autres encore sont magnifiques à entendre. Les sages, d’ailleurs, ne sont pas toujours d’accord entre eux. Les « débatteurs de ce monde », ceux qui vivent de leurs discours, existent encore aujourd’hui.
L’Évangile, c’est sa prétention, ne se veut pas une sagesse parmi d’autres. Il est tout simplement une proclamation de l’intervention surprenante de Dieu en Jésus-Christ, dans l’histoire humaine. L’Évangile ouvre deux voies à l’humanité : celle de la perte et celle du salut. Et l’humanité est déjà engagée sur une de ces voies. C’est utile à entendre pour des Corinthiens qui semblaient penser qu’ils étaient déjà arrivés. Or les croyants sont en route vers le salut, d’autres sont lancés sur une trajectoire de perte ; mais le point final n’a pas encore été mis. En revanche, ce qui est déjà une réalité, c’est que selon le chemin sur lequel on marche, le regard que l’on porte est différent. Le Christ crucifié est pour les uns folie, pour les autres sagesse.
Face à la manifestation de la sagesse de Dieu, le monde reste indifférent. Là où Dieu était le plus reconnaissable, le monde ne l’a pas reconnu. On pourrait essayer d’expliquer pourquoi, mais il vaut peut-être mieux se contenter de dire que c’est le mystère de cet aveuglement qui touche l’humanité, même dans ce qu’elle a de plus « sage ». Du coup, Dieu a décidé d’enfermer le monde dans sa folie, comme il avait enfermé le pharaon dans son entêtement. Mystère du jugement de Dieu qui laisse l’être humain donner libre cours à son péché et en supporter les conséquences.
Folie pour folie, Dieu assume la « folie » de ses projets et va jusqu’au bout en sauvant par la proclamation de Jésus crucifié. Cette démarche divine confirme la confusion des humains : les uns cherchent des signes (ils veulent des démonstrations de force), les autres cherchent la sagesse (encore elle, c’est-à-dire qu’ils veulent que l’on convainque leur intelligence).
Franchir l’infranchissable
La rhétorique de Paul est pourtant convaincante : alors même qu’il critique ceux qui s’appuient sur la sagesse du discours, il parvient à nous entraîner sur le chemin de la croix. Il ne faudrait donc pas penser que ses paroles n’avaient aucune force de conviction. Bien au contraire. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’en dernier lieu le projet de Dieu défie la sagesse humaine, le sens commun, le bon sens ; on peut toujours argumenter et proposer des démonstrations de force, mais, en dernier lieu, il y a quand même une étape qui est infranchissable, sauf si Dieu nous permet de la franchir, en nous appelant par la proclamation du message de Jésus-Christ. C’est cet appel qui fera l’objet des versets suivants.
Christophe Paya