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Vivez tous ensemble (1 Corinthiens 1.10-17)

L’invitation à l’harmonie du v.10 est fondamentale : elle va rester en toile de fond du reste de la lettre et réapparaîtra par la suite plusieurs fois, sous une forme ou sous une autre, en particulier au fameux chapitre 13, qui révèlera que la clé de l’harmonie, c’est l’amour. On pourrait presque dire, au risque d’être un peu réducteur, que le reste de la lettre n’est qu’un développement et une démonstration de cette déclaration : « Vivez tous ensemble en pleine harmonie ! »
Il faut dire qu’on est dans une communauté qui connaît des tensions, d’où cette triple exhortation :
– Un même langage, ce qui veut dire : « mettez-vous d’accord » ;
– Une même pensée ;
– Un « même projet », c’est-à-dire une même façon de concevoir la réalité.

« Moi, je suis de… »Ces tensions, elles étaient cristallisées autour de noms, qui servaient aux Corinthiens de drapeaux identitaires : Paul, Apollos, Céphas et même le Christ. Ces attachements personnalisés n’étaient certainement pas à la hauteur de nos cultes de la personnalité modernes, mais ils transformaient des gens qui n’avaient rien demandé en signes de ralliement partisans. Il est inutile de se demander qui faisait partie de quel groupe, ni ce qu’étaient exactement les mots d’ordre des différents groupes. Le problème n’est pas là. Derrière ces ralliements – l’apôtre le dit en dramatisant les enjeux, jusqu’à l’absurde –, c’est Paul qu’on est en train de séparer d’Apollos, et vice versa, et de Céphas, et même le Christ qu’on est en train de découper : « Le Christ serait-il divisé ? Paul aurait-il été crucifié pour vous ? Ou bien est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? » (v. 13).
Le cas de ceux qui disent « J’appartiens au Christ » est intéressant. Parce qu’évidemment c’est ce que tout chrétien est censé dire ; or Paul critique cette déclaration. Ce qui laisse supposer que dans le cadre des tensions de l’Église, dire « J’appartiens au Christ » signifiait : « J’appartiens au Christ et toi tu ne lui appartiens pas ! » Si on fait le rapprochement avec la suite, et en particulier avec les dons spirituels, on peut supposer que certains prétendaient avoir accès direct et exclusif au Christ. L’apôtre Paul refuse que le Christ devienne une étiquette, un chef de parti, un objet de polémique partisane.

Nous sommes tous…
La suite de la lettre va le montrer : la communauté du Christ est le corps du Christ ; si donc la communautécorps est divisée, c’est comme si le Christ lui-même était divisé ! Mais les questions rhétoriques de l’apôtre annoncent surtout un point fondamental qui sera lui aussi développé par la suite : c’est le Christ crucifié qui est au centre de la communauté chrétienne. Si l’on déplace le centre sur autre chose ou sur quelqu’un d’autre, alors on se trouve dans une situation aberrante et grave, parce qu’en arrachant le salut à son point d’ancrage, on part à la dérive et le salut perd tout son sens. Il vaut donc mieux nous en tenir à la Bonne Nouvelle telle que nous l’avons reçue (v. 17), indépendamment des sophistications dont elle peut faire l’objet : la mort du Christ sur la croix, sagesse de Dieu qui n’est pas compatible avec les arguments de la prétendue sagesse humaine.

Christophe Paya