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Accueil Etudes La paternité d'Abraham (2) Abram, père d'Ismaël

On connaît les circonstances qui ont conduit à la naissance d’Ismaël. Abram avait reçu la promesse d’une descendance, lui qui pourtant était déjà très âgé et dont la femme, Saraï, était stérile ! Cette dernière prend alors une initiative : elle propose que ce soit Hagar, sa servante, qui donne à Abram un fils. Il faut noter qu’une telle pratique n’a rien de choquant dans le contexte culturel d’alors. En tout cas c’est ainsi qu’à 86 ans, Abram devient père d’Ismaël. Treize années passent et Dieu se révèle à nouveau à Abram, pour confirmer son alliance, en y ajoutant quelques éléments nouveaux. Il change le nom d’Abram et Abraham (17.5), il institue la circoncision comme signe de l’alliance (17.10) et il change aussi le nom de Saraï en Sara en précisant que c’est bien d’elle que viendra le fils de la promesse (17.15-16).

Le Seigneur signifie de la sorte à Abraham que la promesse d’une descendance ne s’est pas accomplie avec la naissance d’Ismaël. Prenant la défense de son fils, Abraham s’écrie alors : « Oh ! Qu’Ismaël vive devant toi ! » (17.18) Et Dieu entend la demande d’Abraham. Il promet de faire d’Ismaël une grande nation (17.20). Mais, précise-t-il, l’alliance sera établie avec Isaac (17.21).

Le fils de l’impatience ?

La naissance d’Ismaël est-elle le fruit de l’impatience d’Abram ? Avouons qu’il serait peu charitable d’accuser d’impatience un homme de 86 ans ayant reçu la promesse de devenir père… D’ailleurs le Seigneur n’hésite pas à utiliser des voies surprenantes pour accomplir sa promesse (le droit d’aînesse acquis par Jacob, les douze fils de ce dernier nés de quatre mères différentes…) !

De plus, lorsque le Seigneur annonce la naissance d’un fils à Abraham, il parle simplement de « celui qui sortira de toi… » (Gn 15.4). Ce qualificatif pouvait fort bien s’appliquer à Ismaël ! Du reste, Dieu ne rejette pas Ismaël puisqu’il lui promet une descendance nombreuse. Mais Dieu a souverainement fait un choix, celui d’Isaac qui naîtra de Sara.

Un bon père pour Ismaël

Etant donné les circonstances et le choix de Dieu, Abraham s’est conduit en bon père pour Ismaël. Il intercède pour son fils lorsqu’il comprend qu’il n’est pas le fils de la promesse. Lorsqu’il se sépare d’Ismaël, c’est à cause de la rivalité entre Hagar et Sara. Il ne le fait pas de gaieté de cœur mais parce que le Seigneur lui dit de le faire, pour privilégier Isaac qu’il a choisi. Mais, dit-il, « Quant au fils de ta servante, je ferai aussi de lui une nation, car il est ta descendance. » (21.13) - selon la tradition juive, reprise dans le Coran, Ismaël est le père des Arabes. Abraham ne renie jamais son fils et le texte biblique précise qu’Isaac et Ismaël ont tous les deux, ensemble, enseveli le corps de leur père (Gn 25.9).

Ismaël « né selon la chair » ?

Dans l’allégorie des deux alliances, basée sur Sara et Hagar (Ga 4.22-31), Paul parle des deux fils d’Abraham : « Celui de la servante est né selon la chair, et celui de la femme libre du fait de la promesse. » (Ga 4.23) Pour lui, les deux femmes symbolisent les deux alliances, et Ismaël et Isaac représentent les bénéficiaires des deux alliances. Du coup, dans le cadre de l’allégorie, les descendants d’Ismaël sont les Juifs (« la Jérusalem de maintenant ») et les descendants d’Isaac, les croyants (« la Jérusalem d’en haut ») ! C’est la distinction entre les descendants d’Abraham selon la chair et ceux qui le sont selon la promesse (cf. Rm 9.6-8).
Les expressions « né selon la chair » et « du fait de la promesse » se rapportent donc d’abord à la lecture allégorique de Paul et ne portent pas un jugement sur la façon dont Ismaël est né. Tout au plus, « né selon la chair » peut signifier « selon les lois naturelles ».

Vincent Miéville