La paternité d'Abraham (1) Abram, fils de Térah
Abraham est l'une des figures majeures de la Bible et le thème de la paternité lui est souvent associé. Père du peuple d'Israël, il est aussi appelé « père des nations » (Gn 17.4) et jusque dans le Nouveau Testament il est le père des croyants (Rm 4.16). Il est aussi, bien-sûr, père d'Isaac et père d'Ismaël dans la Genèse. Mais avant d’être père, Abraham était le fils de Térah... Abram, fils de TérahOn trouve la première mention d'Abram dans la généalogie de Sem en Genèse 11. Abram y apparaît comme un fils de Térah, frère de Nahor et Harân. Cette généalogie nous apprend aussi l’existence de Loth, fils de Harân et le nom de Saraï, la femme d’Abram dont on mentionne très vite la stérilité.
Après la mort de Harân, Abram suit son père qui quitte Our-des-Chaldéens pour se rendre en Canaan. La seule autre mention de Térah (à part dans la généalogie de 1 Ch 1.26) nous apprend qu’il « servait d’autres dieux » (Jos 24.2). La tradition juive (midrash) a fait de lui un fabriquant d’idoles. En tout cas, le fait que Térah s’arrête à Haran pourrait accréditer la thèse selon laquelle il était un marchand, dans la mesure ou cette ville était un grand centre caravanier de l’époque.
L'appel à quitter sa maison
Après la mort de Térah, Abram reçoit l'appel du Seigneur : « Va-t'en de ton pays, du lieu de tes origines et de la maison de ton père, vers le pays que je te montrerai. » (Gn 12.1).
On a vu dans le départ de la maison de son père, le rejet de l'idolâtrie et la découverte du monothéisme. D’autant que Haran n’était pas le lieu d’origine d’Abram (Gn 11.28 nous apprend que c’était Our-des-Chaldéens) mais un lieu de résidence, peut-être même temporaire.
L’impression est accentuée par le fait que l’ordre du Seigneur « Va-t’en » signifie littéralement « Va pour toi » ou « Va vers toi », ce qui est difficile à rendre en français, mais pourrait indiquer que le départ d’Abram de Haran correspond aussi au début d’une quête de sens, sur lui-même et sur Dieu.
L’important pour Abram est de se mettre en marche et de découvrir le sens de la promesse que Dieu lui adresse. Une promesse qui reste imprécise, puisque le Seigneur l’envoie « vers le pays que je te montrerai ». Le verbe est au futur : il ne connaît pas encore le pays que Dieu lui réserve.
Abram : père adoptif de Loth ?
Abram s’en va, accompagné de Loth, son neveu. Peut-on considérer dès lors Abram comme le père adoptif de Loth ? Harân, le père de Loth, est mort avant le départ de Our-des-Chaldéens et après le décès de Térah, c’est désormais Abram qui devient le chef du clan familial et prend Loth sous sa protection. Quand Abram dit à Loth « nous sommes frères » (Gn 13.8) – littéralement « des hommes frères » – il veut dire qu’ils sont de proches parents. Peut-être même Abram pensait-il que Loth deviendrait le fils par lequel la promesse d’une descendance se réaliserait (n’oublions pas qu’Abram avait déjà 75 ans !).
Mais cela deviendra impossible quand la nécessité de la séparation s’imposera, pour couper court aux querelles entre les bergers. Depuis l’appel de Dieu à quitter la maison de son père jusqu’à la séparation d’avec Loth à l’entrée de Canaan, Abram apprend qu’un bon père doit aussi savoir se séparer… Il en aura, ô combien, besoin avec ses deux fils, Ismaël et Isaac !
Vincent Miéville