Quelle prière pour l’Église ?
1 Timothée 2 : 1 à 8.Parmi les nombreuses exhortations que l’apôtre Paul adresse à son jeune collègue Timothée, appelé à exercer des responsabilités pastorales au sein de l’Eglise d’Ephèse, on trouve cet appel appuyé à la prière, celle de l’Eglise, la prière publique semble-t-il puisque Paul évoque au v. 8 l’attitude extérieure traditionnelle des juifs qui priaient en levant les mains, les paumes tournées vers le ciel. Une prière universelle
Les destinataires en sont « tous les hommes », sans exclusive. Peut être en réaction contre le particularisme juif ou gnostique, Paul indique que la prière chrétienne ne fait pas de favoritisme, à l’imitation de Dieu qui ne fait pas de préférence. Le chrétien est appelé à prier pour tous les hommes, comme il est appelé à aimer tous les hommes. Cette universalité trouve son fondement dans la nature de Dieu, dont l’amour englobe le monde entier, dans l’œuvre du Christ, le seul médiateur pour tous les humains et dans la prédication de l’évangile à tous, juifs et païens.
De plus, Paul évoque l’universalité géographique de la prière : « en tout lieu ». Il n’y a plus de lieu saint privilégié, réservé pour parler à Dieu (cf. Jean 4 : 20-24).
Une prière diversifiée
Paul utilise quatre termes pour désigner l’activité de prière de l’Eglise, sans que cette liste soit exhaustive ni systématique. 1. « des demandes » : ce mot n’a rien de religieux. Il désigne toute demande formulée par celui qui est dans le besoin. La conscience d’un besoin est indispensable à la prière. 2. « des prières » : ce terme désigne la prière adressée à Dieu seul et Paul l’utilise dans son sens très général. L’assurance de s’adresser à Dieu est indispensable à la prière. 3. « des requêtes » ou supplications, intercessions : ce mot met l’accent sur l’intensité de l’engagement personnel demandé à quiconque veut entrer dans la présence du Seigneur en faveur des autres, ou pour lui-même. La motivation et l’amour du prochain sont indispensables à la prière. 4. « des actions de grâce » : la reconnaissance constitue un élément incontournable de la prière de l’Eglise, consciente des multiples bienfaits du Seigneur.
Une prière ciblée
Cette caractéristique n’est pas contradictoire avec l’universalité de la prière. Elle vient établir une priorité, liée à l’organisation de la société humaine. Paul exhorte à mentionner tout particulièrement « les rois et tous ceux qui occupent une position d’autorité ». On ne peut prier pour tous les hommes sans le faire spécialement pour ceux qui les gouvernent et desquels dépend en grande partie le bonheur ou le malheur de tous. Quels que soient les régimes politiques en vigueur, absolutisme comme au temps de Paul ou démocratie comme pour nous aujourd’hui, et nos propres opinions politiques, nous sommes exhortés à prier pour les autorités.
Ciblée aussi dans son objectif, la prière recherche la paix de la vie en société, qui favorise la croissance de l’Eglise et son témoignage à l’extérieur. On ne peut exclure, bien évidemment, que la prière demande également à Dieu le salut de ceux et celles qui exercent l’autorité. Christ est venu pour eux aussi !
Une prière pacifiée
Référence est faite à l’attitude de cœur de celui ou celle qui prie. « Sans colère, ni dispute », c'est-à-dire sans mauvaise disposition intérieure et sans conflit avec d’autres, à l’extérieur. Cette exigence vise à la fois l’individu priant et la communauté priante. Pas de place pour les mauvais sentiments ou les mobiles impurs dans la prière de l’Eglise.
Cette section de la lettre pastorale de Paul à Timothée vient rappeler à l’Eglise, quelle qu’elle soit, la place éminente que doit y tenir la prière. C’est elle que recommande l’apôtre en premier lieu ! Sachons tenir compte de cette exhortation prioritaire.
Raymond Chamard